Dr Fatouma Mohamed Abdoul-latif est en charge de l’exécution de programmes de recherche dont le but est d’améliorer la connaissance de la pharmacopée et de la médecine traditionnelles djiboutiennes. Les résultats attendus sont la mise en place de protocoles médicamenteux et thérapeutiques appropriés utilisant autant que possible les substances naturelles provenant des plantes locales. Le principal objectif de ces programmes de recherche est l’amélioration des conditions de santé des Djiboutiens par une meilleure connaissance des aspects thérapeutiques préventifs et nutritionnels des ressources végétales.  
La phytothérapie : pour de solutions de santé alternatives Je m’intéresse à la phytothérapie dont l’utilisation est liée au contexte social, culturel et économique de Djibouti. En Afrique, plus de 80% de la population y a recours pour les soins de santé primaires. Cependant cette médecine traditionnelle reste marginalisée, voire dénigrée.   


Je travaille à l’intégration adéquate de la phytothérapie au système de santé pour contribuer à l'avènement de solutions alternatives aux problèmes sanitaires du pays. L'approche thérapeutique actuelle des maladies, qu’elles soient métaboliques ou infectieuses, au regard de leur physiopathologie et du comportement global de l’organisme, est à visée multifactorielle. Dans ces conditions, l’Institut de Recherches Médicinales a initié la recherche de nouvelles molécules pouvant être utilisées dans la prise en charge des pathologies courantes à Djibouti. Dans cette perspective, la recherche de médicaments à partir de l'ethnopharmacologie locale demeure une piste originale pour la découverte de nouveaux médicaments. Les efforts ont porté sur la recherche de principes actifs indispensables aux besoins thérapeutiques. Le développement de cette médecine traditionnelle permettra de réduire le coût des soins médicaux.   

Thématique centrale de recherche, objectifs et méthodologie:

Ma thématique centrale de recherche est la "valorisation scientifique de l’activité pharmacologique des plantes médicinales de Djibouti pour la fabrication des phytomédicaments et la conservation des aliments."  Mes travaux incluent des enquêtes ethnobotaniques, un inventaire de la phytothérapie, et une étude de la qualité hygiénique des aliments, ainsi que l’utilisation d’huiles essentielles pour leur conservation.  


Enquête ethnobotanique 

la recherche de plantes candidates pour la phytothérapie Le système de prévention mal développé et la résistance aux médicaments sont les deux principaux facteurs aggravants des infections microbiennes à Djibouti. Ceci est lié à la prévalence élevée à Djibouti des maladies infectieuses, probablement causées par les mauvaises conditions d'hygiène générales observées dans diverses parties du pays.  
Cependant, de nombreux médicaments cliniquement utiles proviennent de plantes médicinales traditionnelles. Et beaucoup d’entre elles sont largement utilisées par les habitants de Randa par exemple. Il convient de soumettre ces plantes à une enquête ethnobotanique pour la découverte de médicaments et des nouvelles substances bioactives. Randa, avec son climat unique et sa végétation luxuriante, compte certaines espèces endémiques qui n’ont pas été testées auparavant.  
Après avoir identifié les plantes médicinales traditionnelles à Randa, en menant une enquête auprès des tradithérapeutes, les maladies prioritaires concernées par ces plantes et des catégories de maladies ont été ciblées. Cette étude ethnobotanique a abouti à une sélection de plantes avec des propriétés pharmacologiques et de tester leurs activités pharmacologiques sur les maladies microbiennes communes. L’approche technique a consisté en la détermination du ratio de la plante (PR), de l'indice de performance (IP) et des facteurs d’informant consensus (ICF) pour sélectionner les espèces médicinales candidates avec un potentiel pharmacologique.  
 

D’après les résultats des tests, les facteurs d’informant consensus (ICF), pour la catégorie utilisation des plantes contre les maladies microbiennes, se sont avérés importants pour leur prise en compte.  Différents facteurs, y compris le PR et le IP, ont été utilisés à titre de comparaison, conduisant à la sélection de 18 espèces candidates pour un diagnostic pharmacologique ultérieur et des essais antimicrobiens.  La comparaison de ces informations avec celles disponibles dans la littérature  a permis de démontrer que les pratiques de la médecine traditionnelle djiboutienne étaient semblables à d'autres systèmes médicaux traditionnels africains. Au moins six des 18 espèces sélectionnées n’ont pas été pharmacologiquement testées auparavant et méritent une investigation. Ces données encouragent la poursuite de ce travail de recherche afin de construire un profil ethnobotanique et ethnopharmacologique complet des espèces de plante à fort potentiel thérapeutique. Parmi ces plantes, on peut citer : Meclab (Melilotus suaveolens), Alayto (Balanites rotundifolia), Abursaafiqi (Orthosiphon pallidus), Garbaqaddoyta (Solanum somalense), Ayrobeya (Indigofera articulata) et Data-amqada (Heliotropium longiflorum) dont une étude moléculaire s’avère nécessaire.   
Les données de cette étude peuvent attirer une attention particulière sur ces plantes et encourager leur utilisation dans les traitements traditionnels. L’étude de la phytothérapie traditionnelle pourrait permettre le développement de médicaments modernes qui pourraient être à leur tour une source de revenus. Ceux-ci pourraient contribuer à réduire la pauvreté par le renforcement des programmes de création des moyens d'existence durables et d’un système efficace de soins de santé accessibles à tous.  
D'autre part, afin de protéger la biodiversité des zones arides, l'utilisation de plantes médicinales cultivées pourrait être introduite pour la conservation des ressources des plantes médicinales, et pour des objectifs culturels et économiques.  

 

La phytothérapie: efficacité testée sur des rats et des résultats prometteurs:
Les plantes aromatiques sont prometteuses et constituent une grande source d’antioxydants et d’antibactériens naturels. Différentes plantes aromatiques sont caractérisées par la biosynthèse de molécules odorantes qui constituent ce qu’on appelle les huiles essentielles connues depuis longtemps pour leur activité antiseptique et thérapeutique dans la médecine populaire. La composition chimique des huiles essentielles est assez complexe. Les composés terpéniques et aromatiques représentant les principaux constituants. On y trouve également, et en faible concentration des acides organiques, des cétones et des coumarines volatiles. La nature de la fonction chimique du composé majoritaire (phénol, alcool, aldéhyde, cétone…) joue un rôle prépondérant dans l’efficacité de leurs activités biologiques. Les plantes médicinales et aromatiques sont utilisées depuis longtemps dans le processus de stress oxydatif et la lutte contre les maladies infectieuses.  


L’intérêt de la communauté scientifique est plus focalisé actuellement sur les composés phénoliques non seulement dans le but de les substituer aux antioxydants synthétiques utilisés dans les produits alimentaires et pharmaceutiques, mais aussi et surtout à cause de leurs effets bénéfiques sur la santé. Le rendement en huile essentielle est appréciable et peut être rentable à l’échelle industrielle. La combinaison de plusieurs huiles essentielles peut améliorer l’activité antimicrobienne, réduire les quantités utilisées et l’impact organoleptique.  


Principaux résultats  
L’administration par voie orale de deux huiles essentielles pendant 7 jours a produit une hépato-protection significative contre l’hépatotoxicité induite par le tétrachlorure de carbone (CCl4) chez les rats.  
Les taux plus élevés des enzymes sériques (transaminases), de la créatinine, des triglycérides, de l’urée et de l’acide urique observés chez les rats traités par le tétrachlorure de carbone ont sensiblement diminué chez les rats traités par les huiles essentielles. Ces huiles essentielles ont reconstitué les antioxydants effondrés jusqu’à un niveau presque normal. L’effet de ces huiles essentielles a été comparé à la silymarine, une drogue hépatoprotectrice de référence. Ces huiles essentielles sont très faiblement toxiques par voie orale chez le rat. Les résultats de l’étude indiquent qu’elles sont hépato-protectrices et néphroprotectrices vis-à -vis de la toxicité induite par le tétrachlorure de carbone chez les rats. Les composés chimiques responsables de ce potentiel antioxydant in vivo sont identifiés.   

Dr. FATOUMA MOHAMED ABDOUL-LATIF,  PhD Biochimie/Microbiologie, Directrice  de l’Institut de Recherches Médicinales- Centre d’Etude et de Recherche de Djibouti (CERD)

 Phytothérapie : des résultats faisant l’objet de deux dépôts de brevet 

L ’arbre dénommé «Moringa oleifera» est originaire d’Inde, plus particulièrement vallées Sud de l’Himalaya. Aujourd’hui, on le retrouve tout le long de la zone tropicale et subtropicale. Il est apparu sur le territoire djiboutien il y a une dizaine d’année. Cet arbre peut croître aussi bien sur sol riche que sur sol pauvre. IL résiste au déficit hydrique de la sècheresse.  Cette plante contient beaucoup d’éléments nutritifs nécessaires à la fois à l’être humain et à son environnement. Les feuilles de moringa sont riches en vitamine A, B et C mais aussi en fer, en calcium, en protéines, et en acides aminés essentiels.  La teneur en tous ces éléments fait des feuilles de moringa un complément nutritionnel idéal.
 

Les thérapeutes appellent cette plante « arbre miracle ou arbre de vie ». Selon eux, ses feuilles, ses fruits, ses graines, ses racines l’écorce et ses fleurs possèdent de vertus Le moringa est  également utilisé comme plante fourragère pour bétail : les vaches, les moutons, les chèvres et  les dromadaires. Il sert aussi à purifier l’eau trouble de certaines régions. Ses graines réduites en poudre sont utilisés comme floculant naturel pouvant clarifier l’eau troublée et dissiper  de ce fait 90 à 99% des bactéries. Ces graines représentent un moyen accessible à tous pour le traitement d’eau. La recherche scientifique s’intéressant aux vertus annoncées par les thérapeutes,  les scientifiques ont certifié certaines   d’entre   elles. Les  travaux  effectués sont basés sur  la vérification de la teneur du moringa en certains éléments nutritifs : Vitamines, sels minéraux essentiels (Dr. C. Gopalan et al). La teneur en chacun éléments peut varier suivant le sol d’implantation. Pour le cas de notre pays, cela nécessite des études scientifiques approfondies dont nous espérons publier les résultats prochainement. En tout état de cause, le Moringa oleifera constitue une ressource agronomique de valeur qu’il convient de connaître et de développer. 

Moriga

Hamboukto

(Ali-sabieh)

Dr. Abdillahi Ismail Omar- Maître de Conférences en chimie Spécialiste en chimie hétérocyclique et en chimie des produits naturels.

Quelques références :  
1. Gopalan, C., B.V. Rama Sastri, and S.C. Balasubramanian. Nutritive value of Indian foods. Hyderabad, India: (National Institute of Nutrition), 1971 (revised and updated by B.S. Narasinga Rao, Y.G. Deosthale, and K.C. Pant, 1989). 

2. Gopalan, C., President of the Nutrition Foundation of India. Email to Trees for Life. 9 July 2002.  
3. Morton, Julia F. “The Horseradish Tree, M o r i n g a p t e r y g o s p e r m a (Moringaceae)- A Boon to Arid Lands?” Economic Botany. 45 (3), (1991): 318-333.  
4. MORINGANEWS : www.moringa oleifera et www.moringa planta medicinal  
Regards 


                                                               


                                                       

1) Pouvez-vous vous présenter et nous dire brièvement sur quoi portent vos recherches ?  
Je suis professeur en énergie solaire thermique à l’Université de Djibouti. J’ai soutenu en 2016 une thèse de doctorat intitulée Modélisation d'un distillateur solaire actif couplé à un capteur cylindro-parabolique à l'Université Abdelmalek Essâdi du Maroc. Mon thème principal de recherche est le dessalement de l’eau mer par voie thermique via l’utilisation de l’énergie solaire comme source de chaleur. L’objectif est d’aboutir à la conception optimale d’un système de dessalement de l’eau de mer dit distillateur solaire actif pour produire 100 m3/J d’eau douce. L’optimisation de ce système est conduite sur la base d’une simulation numérique

2) Cette recherche que vous venez de signaler porte une thématique cruciale pour Djibouti. Pouvez-vous nous dire les résultats auxquels vous avez aboutis dans ce domaine ?  
Les résultats obtenus ont montré, entre autres, qu’il était préférable d’installer le distillateur actif dans une zone ventée, de prendre un bassin suffisamment long tout en limitant la profondeur de l’eau de mer dans ce bassin, et de travailler avec une température suffisamment élevée du fluide caloporteur même en présence d’un faible débit. Mes contributions dans le domaine du dessalement ont été reconnues à l’échelle mondiale avec des publications indexées au Scopus. :  
• H. Osman Ali, A. Khamlichi. Optimizing an active solar still for sea water desalination. Advanced Materials Research, Tans Tech Publication, Scopus, vol. 1051 (2014) pp 985-991  
• H. Osman Ali, A. Khamlichi. Modeling an active solar still for sea water desalination process optimization. Desalination, Elsevier, 354 (2014), pp.1-8  


3) Ces résultats peuvent donner des applications pratiques dans notre pays ?  

Les résultats auxquels a abouti le travail de ma thèse ouvrent la voie à des applications d’un grand intérêt pratique. Les applications possibles à Djibouti peuvent être :   
− L’Installation de distillateurs solaires simples (faible échelle).  − L’Installation de distillateurs solaires actifs (faible échelle).

 

4) Parlez-nous de votre four solaire.  
Le processus de dessalement de l’eau de mer étudié est celui qui utilise le principe du four solaire. Les rayons du soleil sont concentrés en une zone restreinte grâce à un capteur solaire de type miroir parabolique. Ce qui permet de porter à haute température l’eau saumâtre contenue dans une cuve  en vue de l’évaporer avant de récupérer par condensation le distillat débarrassé des sels et autres impuretés.  
 

5) Quelles sont les améliorations attendues pour que le distillateur solaire soit exploitable ?  
Il reste beaucoup de choses à faire afin de conduire l’optimisation complète du distillateur solaire. Il convient ainsi de travailler avec des historiques réels de la puissance de rayonnement solaire et des données météorologiques correspondant au site d’implantation choisi. Ces données pourront servir dans le cas d’un problème inverse ou d’une simulation par algorithmes évolutifs telle que la technique par essaim de particules à trouver les paramètres optimaux en termes de géométrie et des paramètres de contrôle du distillateur. Cet objectif sera considéré pour un coût d’installation donné et une période de retour désirée.     
L’autre point important à creuser est l’effet de l’isolation du bassin sur sa productivité. Nous pouvons aussi considérer les fuites qui peuvent apparaitre et qui risquent de modifier les bilans massiques établis.  

 

6) Qu’est-ce qui motive des recherches dans le domaine du dessalement par voie solaire ?   
Les motivations dans le domaine du dessalement solaire sont  simples pour notre pays :  la très faible pluviométrie nationale, la faible ressource en eau douce,  le fort taux de croissance des populations, l’important gisement solaire, et la présence de la mer.  

 

Pour des informations complémentaires sur le sujet, vous pouvez consulter l’ouvrage copublié par Dr. Hamadou Osman Ali, avec Abdellatif Khamlichi et Hassan Ali Barkad (de l’Université de Djibouti), intitulé Dessalement de l'eau saumâtre par l'énergie solaire, aux Editions Universitaires Européennes, 2016.  
 

De l’eau douce à partir de l’eau saumâtre 

Comprendre les migrations pour mieux les gérer 

                                                                                                                     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Corne de l’Afrique est une région caractérisée par d’intenses circulations internes et, depuis plusieurs décennies, par des migrations internationales importantes. Pourtant cette problématique est peu investie par la recherche si ce n’est sous l’angle du seul déterminisme économique. Les projecteurs continuent d’être braqués sur les mobilités autour du bassin de la Méditerranée, alors qu’il existe un effet de vases communicants entre celui-ci et le bassin de la mer Rouge qui nous préoccupe davantage ici.   


A notre modeste niveau, nous essayons de questionner la migration sous différents angles à partir de la Corne de l’Afrique. Nos travaux de recherche sur les mobilités dans ou à partir de cette région nous ont amenés à appréhender plusieurs aspects du phénomène tels les espaces concernés, les ressorts sociaux et spatiaux, les stratégies mises en place pour accéder à la mobilité géographique ainsi que les objectifs de celle-ci. C’est de cette façon que nous avons constaté qu’à l’échelle de la sous-région formée par la République de Djibouti, l’Ethiopie et la Somalie et au niveau des espaces concernés, l’espace de repli et d’attraction était Djibouti. Pour cette raison, d’importants flux de réfugiés et de sinistrés en tout genre, en provenance des pays voisins, s’y sont dirigés depuis la fin des années 1970. Les migrants des premières vagues ont été assimilés eu égard à leurs nombreux liens linguistiques et ethniques avec les populations locales, Afars et Somali. Les suivants, essentiellement des Éthiopiens issus d’autres ethnies et des Somaliens du sud, ont rencontré plus de difficultés à s’intégrer. Nous avons également découvert qu’à partir de l’année 2000, les destinations avaient changé et concernaient quasi exclusivement le Moyen-Orient. Ce changement de polarité a transformé le rôle de Djibouti en faisant de son territoire un lieu de transit privilégié entre la Corne de l'Afrique et la péninsule Arabique, avec l’ouverture de nouvelles destinations aux migrants dont beaucoup sont des femmes. Entre 2007 et 2012, nous avons assisté à une augmentation exponentielle du nombre total des nouveaux arrivants au Yémen avec 107 500 personnes recensées à la dernière date. Cette recrudescence est liée à une augmentation importante des candidats éthiopiens. Selon le HCR, ceuxci représentent désormais trois migrants sur quatre effectuant la traversée de la mer Rouge. Jusqu’en 2008, les migrants somaliens formaient  les trois quarts de toutes les arrivées enregistrées au Yémen. Les migrants tentent ensuite de gagner l’Arabie Saoudite.  


Au niveau des stratégies mobilisées, audelà de sa fonction d’ajustement face à des contraintes sociales, culturelles, économiques et environnementales, la migration semble relever d’une conjonction de logiques aussi bien communautaires qu’individuelles. La recherche de l’ascension sociale qui met sur le chemin de l’exil nombre de migrants passe par une mobilité spatiale sans cesse renouvelée : migrations nationales, régionales et enfin internationales. La migration est également le lieu d’expression de nouvelles cultures et de nouveaux comportements. C’est cette complexité que nous tentons d’appréhender depuis 2012 et le début de nos travaux de recherche sur la thématique.  
Dans une démarche de recherche appliquée à des fins de développement, une meilleure connaissance des migrations pourrait aider les gouvernements des pays de départ (Ethiopie, Somalie, Erythrée) à se pencher sur les contextes qui favorisent l’émigration de leurs forces vives. Elle pourrait aider les pays d’accueil à mieux gérer le contrôle, l’accueil et l’intégration des migrants, etc. Pour ces raisons, nous plaidons pour le lancement d’enquêtes représentatives au niveau des pays de la Corne de l’Afrique. Les résultats de ces enquêtes nous permettraient de faire les analyses les plus pertinentes qui soient et de livrer de vrais outils d’aide à la décision aux différents gouvernements. 


Dr. Amina Saïd Chiré

La science, un jour

La science, tension incompressible pour connaître le monde, est universelle. Elle est le fait de l’humanité entière, depuis le premier homme. Dans cette rubrique, nous parlerons d’un homme ou d’une femme de science, qui n’est pas forcément connu(e) du grand public, mais qui a pourtant laissé une trace dans la longue aventure de la connaissance humaine.  Pour ce second numéro du bulletin d’Irica, nous évoquerons un savant arabe qui continue la tradition scientifique de précurseurs tels que Jābir ibn Ḥayyān (721-815),  Ibn Musa al-Khwarizm (780-850), et précède les illustres savants arabo-musulmans tels que AlRazi (854- 925), Ibn Al-Haytham (dit Alhazen, 965-1040), Ibn Sīnā (dit Avicenne, 9801037), Al-Idrissi, (1099 – 1165), Ibn Ruchd  (dit Averroès, 1126-1198), Ibn Khaldoun (1332- 1406), et d’autres encore. Il s’agit du poète, mathématicien et inventeur andalous, Abbas Qasim Ibn Firnas (parfois latinisé en Arman Firman, 810 – 887) qui, avant Leonard de Vinci (1452-1519) et bien avant les inventeurs du XIXème siècle, Adler, Otto,  Santos-Dumont   et  les  frères  Wright,  
imagina le premier planeur pour voler dans les airs. Sa prouesse ne fut pas seulement de l’imaginer et de le dessiner, mais de le construire et le tester lui-même. Naturellement, à l’heure des supersoniques, des fusées et des navettes spatiales, son invention peut paraître anecdotique avec son manteau de plumes ou sa combinaison équipée d’ailes en bois recouvertes de soie, mais ce que l’on décèle chez l’homme c’est la foi tenace de l’inventeur dans son idée. Quand il s’élance au-dessus du minaret de la mosquée de Cordoue avec son premier prototype, c’est cette foi et une détermination sans faille qu’il l’anime. Nous sommes en 852, l’expérience est un échec, et il s’en relève avec quelques blessures. Quand, il retente l’expérience vers 875, en sautant avec son appareil du haut d’une falaise, il réussit à voler une dizaine de minutes, mais se fracasse contre le sol. Il échappe de peu à la mort, et le chapitre semble se fermer là. Mais le génie de Ibn Firnas continuera à l’inspirer dans l’invention de multitudes d’objets ( horloge à eau, métronome, verres correctifs, astrolabe sphérique, etc.), jusqu’à sa mort, vers 887, dans la ville andalouse de Cordoue, située aujourd’hui en Espagne. 

Comprendre la civilisation Africaine… 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Nous sommes portés à avoir une lecture linéaire de l’histoire des peuples. Les anthropologues du XIXème siècle et du début XXème siècle ont regardé l’Afrique à travers cette vision commune, et somme toute élémentaire. C’est cette vision qui a fait croire que les civilisations à écriture avaient atteint un degré de développement que n’avaient pas atteint celles de l’oralité. Mais Amadou Hampaté Badans un extrait tiré de L’Histoire de l’Afrique (1999), nous fait voir le rapport que l’homme africain a ou avait avec la parole, et partant avec sa forme écrite. Un rapport que devrait considérer ceux qui sont prompts à considérer les choses à partir des faits extérieurs seulement.   


L’oralité n’est-elle pas mère de l’écrit, à travers les siècles comme dans l’individu luimême ? Les premières archives ou bibliothèques du monde furent les cervelles des hommes. Par ailleurs, avant de coucher sur le papier les pensées qu’il conçoit, l’écrivain ou le savant se livre à un dialogue secret avec luimême. Avant de rédiger un récit, l’homme se remémore les faits tels qu’ils lui ont été rapportés ou bien, s’il les a vécus, tels qu’il se les raconte à lui-même. Rien ne prouve a priori que l’écrit rende plus fidèlement compte d’une réalité que le témoignage oral transmis de génération en génération. Les chroniques des guerres modernes sont là pour montrer que, comme on dit, chaque parti ou chaque nation « voit midi à sa porte », à travers le prisme de ses passions, de sa mentalité propre ou de ses intérêts, ou le désir de justifier son point de vue. Par ailleurs, les documents écrits ne furent pas, eux non plus, toujours à l’abri des falsifications ou des altérations, volontaires ou involontaires, dues aux copistes successifs, phénomène qui a donné naissance, entre autres, aux controverses relatives aux « Saintes Ecritures ».  


Ce qui est en cause derrière le témoignage luimême, c’est donc bien la valeur même de l’homme qui témoigne, la valeur de la chaîne de transmission à laquelle il se rattache, la fidélité de la mémoire individuelle et collective et le prix attaché à la vérité dans une société donnée. En un mot, le lien de l’homme avec la Parole. Or, c’est dans les sociétés orales que non seulement la fonction de la mémoire est la plus développée, mais que ce lien entre l’homme et la Parole est le plus fort. Là où l’écrit n’existe pas, l’homme est lié à sa parole. Il est engagé par elle. Il est sa parole et sa parole témoigne de ce qu’il est. La cohésion même de la société repose sur la valeur et le respect de la parole.    
En revanche, au fur et à mesure de l’envahissement de l’écrit, on voit celui-ci se substituer peu à peu à la parole, devenir la seule preuve et le seul recours, et la signature devenir le seul engagement reconnu, cependant que le lien sacré profond qui unissait l’homme à la parole se défait progressivement au profit des titres universitaires conventionnels. Outre une valeur morale fondamentale, la parole revêtait, dans les traditions africaines - tout au moins celles que je connais et qui concernent toute la zone de savane au sud du Sahara - un caractère sacré lié à son origine divine et aux forces occultes déposées en elle. Agent magique par excellence et grand vecteur des «forces éthériques », on ne la maniait pas sans prudence. De nombreux facteurs, religieux, magiques ou sociaux, concouraient donc à préserver la fidélité de la transmission orale. Il nous a paru nécessaire d’en présenter ci-dessous une brève étude afin de mieux situer la tradition orale africaine dans son contexte et de l’éclairer, en quelque sorte, de l’intérieur. 

 

Extrait, « La tradition vivante », A. Hampaté Ba (1999), Histoire Générale de l’Afrique, Unesco, page 192. 

 
 
 
 
 

"Cette étude ethnobotanique a abouti à une sélection des propriétés pharmacologiques et de tester leurs activités pharmacologiques sur les maladies microbiennes communes".

Dr. Fatouma Mohamed Abdoul-latif

Une statue représentant Ibn Firnas (810-887) en Irak: le premier homme à voler en l’air.
"C’est dans les sociétés orales que non seulement la fonction de la mémoire est la plus développée, mais que ce lien entre l’homme et la Parole est le plus fort. Là où l’écrit n’existe pas, l’homme est lié à sa parole" 
A. Hampaté Ba

"Les motivations du dessalement solaire sont simples pour nottre pays: la très faible pluviométrie nationale,la faible resssource en eau , le fort taux de croissance des populations, l'important  glissement solaire et la présence de la mer" 

Dr. Hamadou Osman Ali 

"La recherche de l’ascension sociale qui met sur le chemin de l’exil nombre de migrants passe par une mobilité spatiale sans cesse renouvelée : migrations nationales, régionales et enfin internationales. La migration est également le lieu d'expression des nouvelles cultures et nouveaux comportement"  

                                                         Dr. Amina Saïd Chiré                                                                                                                                                                                                          

Nos articles

Kenya has a rich diversity of indigenous languages. Mbaabu(1996) for instance indicates that Kenya has 42 languages. Mother tongue can be referred to as a person’s first language usually from their parents. Educationists and linguists do concur that mother tongue languages play an important part in promoting culture and giving children a sense of belongingness and identity. In 1924, the Phelpstokes Commission observed that all colonizing nations in Africa had forced their languages upon the people and discouraged the use of mother tongue (Adegbija 1994). Later in 1954, UNICEF supported these views when it made a declaration on the use of vernacular languages in education as the best language of instruction for the learner in the formative years. Unfortunately, for a long time the indigenous languages have been relegated to a secondary role in education. 
The mother tongue policy in Kenya stipulates that the languages of instruction for the first three years of schooling shall be the language of the school’s vicinity while Kiswahili should be used in urban school settings . Thereafter, English shall take over this role of medium of instruction. The reality, however, is that there has not been much interest in the teaching and learning of mother tongue languages in Kenya. Despite many studies that show that it makes good sense to begin a child’s education in his or her own language, and that it is sound educational principle to proceed from familiar to new ( Mwaniki  M. multiling.Ed 2014), the age old tradition of teaching a child in a language other than the first language still persists. The language policy in Kenya seems to favour English and Swahili which undermines the role of mother tongue in the school system.  The Asmara declaration (2000) advocated that ‘’All African children have the unalienable right to attend school and learn in their mother tongues. And that every effort should be made to develop African languages at all levels of education.’’ But why is it a Herculean task for the government and other stakeholders to implement and support the mother tongue policy which is enshrined in the constitution? 


The answer to the above question could be attributed to a number of factors. The major  among them being the notion that mother tongue languages do not enhance the performance of pupils in the examinations and their success in education considering the fact that examinations are never set in mother tongues (Luoch & Ogutu 2002). Another reason is that not many books are written in mother tongues and vocabulary is said to be limited. Teachers also are not trained concerning indigenous languages and it’s often incorrectly assumed that being a native speaker of a particular  language is sufficient to teach a language. Indigenous languages also are not accorded any importance in formal domains where focus is in the official language. They are not also offered in the institutes of higher learning. Due to these factors, teachers, parents and learners have negative attitudes and perceived stereotypes towards their own mother tongues as languages of instructions. To address the above challenges, a number of ideas may be suggested. First, the government and other stakeholders in line with the constitution should be on the front line to promote cultural activities at the grassroots levels as this offers children excellent exposure to their mother tongues and in return they learn to appreciate their own languages. The government should also assume its mandate to promote research on the indigenous languages in order to enhance their development.  


Teachers of lower primary and pre-schools should be supplied with curriculum materials in their respective mother tongues. It should not be assumed that being a native speaker makes you competent to instruct a child in your native language. Publishing firms should also play a role in promoting the indigenous languages. They can do this by creating an enabling environment for mother tongue materials to be published. Unfortunately; it has been observed that these firms have not been so enthusiastic in doing so as they do not deem works written in mother tongues to be as competitive as works written in English or Kiswahili. It is therefore difficult for writers who use indigenous languages to get financing from these publishing firms. 
Finally, in recent past a considerable number of local T.V and radio channels have emerged. These channels which air their content in mother tongue should aim at promoting the status of indigenous languages especially to the young generation who due to certain mindsets do not value their mother tongues.  
In conclusion, it is desirable that indigenous languages should be held in high esteem and the misconception that some languages like English or French are more superior to indigenous ones done away with. Educationists, scholars, r esearchers  and  other  parties  of good will should join hands to raise awareness of indigenous languages before some of them face the risk of disappearing. 

Alice W. Mwangi, Linguist. University of Djibouti

Is mother tongue an elusive instrument in Kenya?

La gestion durable de l’eau en zone aride 

1. Pouvez-vous nous dire brièvement les thématiques sur lesquelles portent vos recherches ?  
Mes recherches doctorales ont porté sur l’identification des conditions d’une gestion durable de l’eau potable en zone aride, et plus particulièrement à Djibouti-ville. La République de Djibouti est un pays marqué, à la fois, par un stress hydrique structurel et par la présence d’une pauvreté monétaire importante. Les enjeux associés à la préservation de la ressource hydrique constituent donc un défi de taille pour les différents acteurs concernés. Mes recherches ont ainsi porté sur l’accès inégal à l’eau en milieu urbain en étudiant plus particulièrement les comportements des ménages selon les différentes modalités de leur accès à la ressource. Mes travaux ont questionné plus spécifiquement le rôle des acteurs du secteur de l’eau et les voies et moyens pour, à la fois faciliter l’accès à une eau potable, et réduire les inégalités associées à cet accès.  


2. Vos recherches portent sur une thématique cruciale pour Djibouti. Pouvezvous nous dire les résultats auxquels vous avez abouti dans ce domaine ?  
Dans un contexte marqué par la rareté de la ressource, l’intérêt majeur de mon travail a été d’étudier le rôle joué par l’opérateur public dans la gouvernance urbaine de l’eau afin d’apporter des recommandations de politique publique pour une meilleure gestion et une meilleure accessibilité pour les populations défavorisées. Mon travail a montré la nécessité de considérer l’existence d’inégalités d’accès pour les populations les plus démunies. Pour y parvenir, il a montré la nécessité de conduire des réformes approfondies dans l’organisation et le financement du secteur de l’eau.   
Concernant la gestion des ressources en eau, les défis à relever concernent les réponses à apporter à la demande croissante tout en préservant les nappes et en limitant les dommages causés par les crues. Pour ce faire, un des leviers susceptibles d’être actionnés est la réduction drastique de la déperdition d’eau dans les systèmes d’adduction et de distribution urbains. Cependant, même en diminuant de façon importante le gaspillage en milieu urbain, les ressources en eau du pays ne sont pas suffisantes pour répondre aux besoins. Il convient donc d’améliorer la qualité et l’efficacité des services de distribution d’eau potable . Enfin, l’amélioration de l’accès durable à l’eau pour les populations les plus défavorisées en zones péri-urbaines est un autre défi à relever.  

 
3. Quelles sont les améliorations attendues pour qu’à Djibouti, la gestion de l’eau soit durable et pour augmenter l’eau disponible pour la population ?  
La politique de la gestion de l’eau a toujours porté dans la plupart des pays sur l’offre. Avec les objectifs des OMDs et actuellement avec les objectifs du développement durable (ODD), l’accent est mis sur la demande. Alors pour une meilleure gestion de l’eau dans un contexte de rareté, il faut mettre en place une politique efficace de la demande en eau. Dans cette optique, une politique tarifaire adéquate conciliant à la fois des objectifs d’efficacité économique et d’équité serait la mieux indiquée. En accord avec les  ODD et avec une enquête ménage, il serait alors possible de mettre le focus sur l’identification des difficultés d’accès à l’assainissement dans la ville de Djibouti. Enfin, une ouverture interdisciplinaire pourrait enrichir notablement les perspectives d’une gestion durable de l’eau en zone aride. La réflexion pourrait être développée de manière féconde avec l’appui d’autres champs disciplinaires et d’autres compétences scientifiques. Le recours à la géographie, l’hydrogéologie, la géochimie ou encore à la sociologie permettrait d’apporter des contributions stimulantes à une gestion durable de la ressource en eau, pour les générations actuelles et pour les générations futures. 
 

Dr. Ahmed Abdillahi Boeuh,  Maitre des conférences en économie à l’université de Djibouti.  
Travail de recherche à consulter pour en savoir davantage, Ahmed Abdillahi Boeuh, 2016,   « La gestion durable en zone aride : le cas de la ville de Djibouti », Thèse de 3ème cycle en Economie, Université de Bordeaux  
 

 

 Pénurie d’eau à Djibouti : quelles solutions ?

L’eau, en tant que ressource, constitue un défi majeur pour les populations d’Afrique subsaharienne et en particulier pour celles des pays caractérisés par un climat tropical désertique en raison de la faiblesse des précipitations et d’une forte évapotranspiration (2000 mm/an à Djibouti). En République de Djibouti, les précipitations moyennes annuelles sont autour de 150 mm/an. Elles varient dans le temps comme dans l’espace. Dans le temps, la pluviométrie varie de façon erratique, d’une année à l’autre. Les sécheresses prolongées sont fréquentes (1994, 2008, 2011) avec des conséquences dramatiques sur les ressources naturelles et l’économie. La sécheresse de 2011 a par exemple affecté plus de 120 000 personnes dans les zones rurales (soit 50 % de la population rurale), causant des dommages chiffrés à 9 162,7 milliards de FDJ (soit 51,77 millions de US$) et des pertes s’élevant à 27 891,70 milliards de FDJ (soit 157,58 millions de US$) (PDNA, 2011).

La pluviométrie varie également dans l’espace en passant de 50 mm/an dans le nord-ouest du pays à 300 mm/ an dans les massifs montagneux situés à l’ouest de Tadjourah (CHA, 1982). La raréfaction des ressources en eau est amenée à s’accentuer en raison de l'impact du changement climatique. La plupart des stations de mesure révèle une tendance à la baisse des précipitations moyennes inter – annuelles variant de 6 à 15% sur la période 1960 à 1990. Les deux Communications Nationales sur le changement climatique de 2001 et 2010 corroborent cette tendance globale à la baisse de la pluviométrie en l’extrapolant sur les cinquante prochaines années (http://unfccc.int/ resource/docs/natc/djinc1.pdf). Actuellement pour l’ensemble du pays, la demande en eau est estimée à 300 millions m³/ an contre 10 à 15 millions de m3/an de recharge chaque année selon les conditions climatiques des aquifères sédimentaires et volcaniques. Ce volume couvre à peine 36% des besoins de la population contre 85% visé dans la Stratégie de Croissance Accélérée et Promotion de l’Emploi à l’horizon 2019.

Dans ce contexte d’augmentation exponentielle des besoins, de sécheresses récurrentes et de diminution de la recharge des aquifères, quelles stratégies adopter pour une gestion durable de la ressource en eau ? Telle est la question qu’il convient de se poser. Pour répondre à cette question, voici quelles pistes à explorer. Dans un premier temps, il conviendrait d’améliorer la connaissance des systèmes de fonctionnement des aquifères volcaniques qui renferment les ressources en eau souterraines du pays. En effet, les roches volcaniques recouvrent 80% du territoire et les systèmes hydrogéologiques de formation volcanique dont les structures sont hétérogènes et très complexes ne sont pas faciles à comprendre. De nombreuses études de recherche entreprises dans le cadre de thèses doctorales ou de programme de coopération régional (MAWARI) ont permis aux experts d’échanger sur les difficultés du domaine, de partager leurs expériences et de comprendre davantage le sujet. Mais cela semble insuffisant. Il faut donc persévérer dans l’effort et investir massivement dans la recherche scientifique afin d’espérer découvrir des alternatives techniques innovantes.  
 

Dans un deuxième temps, il conviendrait de mobiliser davantage les eaux de surface pour soulager la pression sur les nappes souterraines. En effet, les études ont évalué à 210 millions de m3/an les apports de 61 bassins versants, soit plus de 67% de la demande en eau du pays. Mais la majorité de cette eau se perd soit par évapotranspiration, soit par déversement dans la mer. L’aménagement intégré des bassins concernés pourrait être une réponse appropriée pour le captage de cette catégorie d’eau. L’aménagement futur du bassin d’Ambouli peut servir de modèle. L’édification de micro-barrages tout le long des bassins pour diminuer graduellement la vitesse des écoulements et permettre la recharge de la nappe phréatique peut être un début de réponse. La disponibilité d’un réseau hygrométrique couvrant l’ensemble des bassins versants et produisant des données fiables est essentielle pour l’aménagement de ces derniers.  
 

Dans un troisième temps, il conviendrait d’économiser l’eau en rationnant sa consommation comme certaines régions du monde dont le contexte climatique semblable à celui de Djibouti (Californie, Liban….). Cela  permettrait aux nappes de se régénérer et aux stocks de sécurité pour le futur de se reconstituer plus facilement. Entre temps, le pays pourrait profiter du projet d’adduction d’eau avec l’Ethiopie qui permettra l’acheminement de 103 000 m3 par jour, soit 37 millions de m3  par an pendant trente ans et ce gratuitement. Cette eau sera acheminée depuis la zone d’Hadhagala (région somalie d’Ethiopie) jusqu'à Djibouti. Elle desservira principalement les districts d’Ali Sabieh, Dikhil, Arta et Djibouti. Dans une seconde phase, ce projet devra mettre en place les infrastructures nécessaires pour bénéficier aux populations rurales. 

 

Dans un quatrième et dernier temps, le dessalement d’eau de mer par osmose inversé, peut être expérimenté. Des projets allant dans ce sens ont déjà été formulés. Cette solution est adaptée au contexte djiboutien, mais elle reste très couteuse compte tenu des investissements en équipements à réaliser au préalable. Si le projet de dessalement de l’eau de mer sur financement de l’Union Européenne aboutit, l’usine aura une capacité de production de 50 000 m3/jour d’eau par jour in fine lors de la seconde phase du projet, ce qui viendrait en complément des deux autres solutions avancées plus haut.  Pour conclure, bien qu’il n’existe point de solution idéale dans ce contexte de pénurie d’eau, il est important de combiner les solutions envisagées et de compter d’abord sur ses propres atouts en investissant massivement dans le domaine de la recherche scientifique.    
 

1.PDNA, 2011, étude d’évaluation des dommages, pertes et besoins suites à la sécheresse, Djibouti. 
2.Bureau MCG, 2011. Etude de mise à jour des mesures hydro-climatiques et d’actualisation de la base des données pluviométriques et hydrométriques, p45 3.L’utilisation de l’eau est repartie comme suit : population (52,9 % soit 15,5 millions de mètres cubes), irrigation (42,5% soit 12,4 millions de mètres cubes), bétail (4,6% soit 1,3 millions de mètres cubes). 4.I.Bexi, 2016, Etude d’évaluation et de capitalisation des projets de mobilisation des eaux de surface, Ministère de l’environnement, p45 -87. 5.Bexi, I.(2011), Transferts de polluants et gestion de l’eau dans le sol. Thèse de Doctorat, Institut de Physique du Globe de Paris, France. 6.Jalludin M. and Razack M. 1996. Modélisation de l'aquifère basaltique. Nappe de Djibouti. 5ème Assemblée Scientifique de l'Association Internationale des Sciences Hydrologiques. Rabat, Maroc 23-avril - 3 mai 1997 7.Awaleh, M. O., Baudron, P., Soubaneh, Y. D., Boschetti, T., Hoch, F. B., Egueh, N. M., ... & Gassani, J. (2017). Recharge, groundwater flow pattern and contamination processes in an arid volcanic area: Insights from isotopic and geochemical tracers (Bara aquifer system, Republic of Djibouti). Journal of Geochemical Exploration. 8. http://en.cgcoc.com.cn/news/58.html 9. Mahdi Ahmed,  l’usine de dessalement d’eau de mer… éléphant blanc ou fin du stress hydrique à Djibouti ?

Dr Idriss Bexi Warsama

"En accord avec les  ODD et avec une enquête ménage, il serait alors possible de mettre le focus sur l’identification des difficultés d’accès à l’assainissement dans la ville de Djibouti". 
"La raréfaction des ressources en eau est amenée à s’accentuer en raison de l'impact du changement climatique".
 
"Later in 1954, UNICEF supported these views when it made a declaration on the use of vernacular languages in education as the best language of instruction for the learner in the formative years. Unfortunately, for a long time the indigenous languages have been relegated to a secondary role in education". 
 
 

Depuis 1999 et l’arrivée au pouvoir du Président Ismail Omar Guelleh, les femmes ont eu de plus en plus de visibilité dans l’espace public et politique à Djibouti. Les progrès enregistrés en matière de promotion des Droits des femmes à une meilleure santé et une meilleure éducation, grâce notamment au programme d’alphabétisation et à un accès à l’éducation, ont permis à des milliers de jeunes filles de faire des études supérieures, que ce soit dans le pays, au sein de l’Université de Djibouti ou encore dans des universités étrangères.  Ces progrès tangibles dans le secteur de l’Education ne doivent cependant pas nous faire oublier que les femmes ont encore du mal à percer et à être mieux insérées sur le marché du travail djiboutien. Quels sont les obstacles majeurs qui freinent leur accès à des emplois décents ? Dans un premier temps, nous allons aborder la situation des inégalités liées au Genre. Ensuite, nous analyserons ces inégalités au niveau des préjugés Socioculturels et enfin nous présenteront les initiatives prises par les Djiboutiennes pour dépasser ces barrières afin d’accéder à l’autonomisation financière.  

 

Inégalités liées au Genre dans l’accès à l’emploi

 

A Djibouti, le chômage touche 48,2% de la population potentiellement active. Selon la Politique Nationale de l’Emploi élaborée en 2014 par le Ministère du Travail et de la Réforme de l’Administration, le manque d’emploi s’accentue chez deux catégories de population, les jeunes et les femmes qui sont respectivement touchés  à hauteur de 62,8% et 65,6%. Le ratio-emploi/population qui est égal au rapport entre l’emploi total et la population en âge de travailler est relativement bas (29,1%) à cause d’un faible accès des femmes à l’emploi. Le ratio-emploi/ population est de 15,6% chez les femmes contre 46,5% chez les hommes. Cet écart de plus de 30 points de pourcentage entre les hommes et les femmes traduit largement le manque d’opportunités auquel sont confrontées les femmes sur le marché du travail. A titre de comparaison, le ratio emploi/ population des femmes est estimé à 59,2% pour l’ensemble des pays de l’Afrique subsaharienne, avec un écart de 11,6% points de pourcentage en faveur des hommes. Par ailleurs, lorsqu’elles sont actives sur le marché de l’emploi, les femmes Djiboutiennes sont concentrées dans des emplois vulnérables et précaires, en particulier dans le secteur informel (aide-ménagères, petits métiers). 


Mur et plafond de verre

 

Selon l’Enquête Djiboutienne sur l’Emploi, le Secteur Informel et la Consommation réalisée en 2015 par la DISED, les femmes participent de plus en plus aux activités économiques, malgré le fait que la parité homme/ femme ne soit pas encore atteinte. En effet, parmi les actifs occupés âgés de 15-64 ans, les femmes représentent 29,1%, soit pratiquement, 3 travailleurs sur 10. Les branches d’activité les plus attractives pour la main d’œuvre féminine sont l’agro-alimentation (40,6%), la fabrication d’articles d’habillement (49,5%), le commerce de détail du khat (86,2%), le commerce de détail hors du khat (70,4%), le commerce de gros (53,8%), l’hôtellerie et la restauration (47,9%) et les services aux ménages (44,3%). Cet effet de concentration est surnommé « mur de verre ». Cette même étude montre que le secteur privé informel fournit 20,2% d’emplois à Djibouti et que les femmes représentent 45,1% des actifs occupés.  Dans le secteur public, l’administration reste le principal pourvoyeur d’emplois, avec 45,8% des actifs occupés (sources DISED, Enquête sur l’emploi, 2015). Il ressort de toutes ces enquêtes que malgré les progrès enregistrés en matière de promotion du genre, les femmes occupent encore des postes d’attaché d’administration. En effet, même si dans le secteur public, il n’y a pas de discrimination à l’embauche envers elles, les femmes rencontrent des difficultés dans l’accès aux postes hiérarchiquement élevés (chef de service, directeur et secrétaire général). La préférence est souvent en faveur des hommes dans les postes à responsabilité.  Dans le secteur privé formel, les femmes sont également cantonnées à des tâches administratives. Dans les secteurs de la construction et du BTP ainsi que dans celui du transport/ logistique, la présence féminine est rare et facilement reconnaissable (les cas existants ont souvent été cités en exemple par les employeurs pour illustrer leur engagement en faveur de l’emploi des femmes).  Aujourd’hui, sur le marché du travail, deux catégories souffrent de handicaps liés à l’accès à l’emploi ; il s’agit des jeunes et des femmes. Les jeunes femmes diplômées du Supérieur ont plus de difficultés à trouver un emploi et elles sont de plus de plus nombreuses à venir s’enregistrer au sein de l’Agence Nationale pour l’Emploi et l’Insertion Professionnelle (ANEFIP) comme demandeurs d’emplois. En 2016, sur 4255 demandeurs enregistrés à l’ANEFIP, 2563 étaient des hommes soit 60,2% de l’effectif global. Les femmes représentaient, quant à elles, 1692 des demandeurs d’emploi soit 39,8% de l’ensemble des chômeurs enregistrés. Lorsque les femmes ne trouvent pas rapidement un travail, elles assument de plus de responsabilités domestiques au sein de la cellule familiale, en particulier lorsqu’elles ne sont pas mariées (aide de la mère dans les tâches ménagères).  Même si la loi interdit la discrimination fondée sur le genre en République de Djibouti et que ce principe est aujourd’hui largement relayé dans l’espace public et les institutions étatiques, les préférences existent encore notamment dans le secteur privé entre le recrutement d’une femme et celui d’un homme. Ces préférences ont pour prétexte (souvent implicite) le congé de maternité et les autres « motifs » relatifs aux besoins spécifiques d’ordre sanitaire des femmes.  Les femmes sont donc confrontées à un véritable « plafond de verre » lorsqu’il s’agit de promotion professionnelle, car elles se retrouvent le plus souvent en dehors des réseaux de connaissances, de décision et de pouvoir (dont le lieu par excellence est le mabraze) qui sont encore aujourd’hui largement dominés par les hommes à travers la cooptation et le lobbying.

 

Des avancées tangibles malgré les handicaps

 

Cela dit, tout n’est pas sombre en ce qui concerne la question des femmes et de l’emploi. Au contraire, Djibouti peut se targuer d’être membre du cercle restreint des pays qui appliquent l’égalité salariale entre les femmes et les femmes (pour un même poste et des qualifications équivalentes). Les Djiboutiennes sont depuis des décennies les fers de lance du secteur privé informel avec le phénomène des charcharis  qui a permis aux commerçantes djiboutiennes de devenir des femmes d’affaires avisées avec une certaine réussite dans leur secteur d’activité. Grâce également à la microfinance qui a démarré à Djibouti dans les années 90, aujourd’hui 70% des 23 000 clients des Caisses d’Epargne et de Crédit (les CPECs) sont des femmes bénéficiant de leurs services financiers dans la capitale et comme dans les cinq régions de l’intérieur. Les CPECs ont su s’adresser à une catégorie de femmes commerçantes que les procédures de garantie formelle des banques classiques empêchaient d’accéder au crédit bancaire. La microfinance a ainsi permis de véritables « success story » dans le domaine du commerce. Des femmes, qui ont commencé avec des emprunts de 30 000 FDj pour lancer leur activité génératrice de revenus, ont aujourd’hui agrandi leur commerce et se sont permis de solliciter des emprunts individuels de plus d’un million de FDJ. Les revenus générés par les femmes actives ont un impact 
visible sur l’amélioration du bien-être de la famille toute entière en général et sur la nutrition et l’éducation des enfants en particulier. Le travail de la femme renforce son rôle et son leadership au sein du ménage et par conséquent accroit sa capacité de prise de décision (empowernment). Les jeunes femmes sont également de plus de plus nombreuses dans les filières techniques et technologiques des lycées techniques et autres centres de formation. Par ailleurs, de plus de plus de métiers autrefois exclusivement occupés par des hommes leur sont aujourd’hui accessibles (ingénierie, armée, police, médecine, magistrats, etc). Les Djiboutiennes n’hésitent plus à exercer le métier qu’elles souhaitent nonobstant les pesanteurs socio-culturelles. A terme, cette évolution positive de la société djiboutienne à l’égard des femmes et de leurs droits à un travail décent quelle que soit le secteur d’activité choisi ne fera que renforcer la place et la contribution de celles-ci au développement socio-économique national.  Certes, il reste encore des progrès à accomplir pour améliorer leur situation professionnelle, mais, grâce à un arsenal juridique national qui protège leurs Droits, leurs motivations, leur ingéniosité et leur capacité à contourner un environnement socio-culturel parfois défavorable, les Djiboutiennes ont déjà démontré qu’elles étaient prêtes à relever tous les défis liés à un marché de travail libéralisé, de plus en plus compétitif.  

Zahra Youssouf Kayad Ancienne Secrétaire d’Etat à la Solidarité Consultante genre à EDC 

 

Rapports à consulter pour en savoir davantage

 

 Enquête Djiboutienne sur l’Emploi, le secteur informel et la Consommation. Direction nationale de la Statistique et des Etudes démographiques. 2015. Djibouti  La Politique Nationale Genre 2011-2021. Ministère de la Promotion de la Femme et du Planning familial. 2011. Djibouti.  La Stratégie de Croissance accélérée et de Promotion de l’Emploi (SCAPE). Ministère de l’Economie, des Finances. 2014. Djibouti.  La Stratégie nationale de Microfinance 2012-2016. Secrétariat d’Etat à la Solidarité, 2012. Djibouti  Vision Djibouti 2035. Ministère de l’Economie, des Finances, 2014, Djibouti.   1. Politique Nationale de l’Emploi, MTRA, mai 2014 2. OIT,2012. Global Employments Trends for Women, Genève 3. Enquête djiboutienne sur l’Emploi, le Secteur Informel et la Consommation, DISED, 2015 4. Politique nationale de l’Emploi, MTRA, 2014. 5. Sources : ANEFIP, 2016. 6. Idem. 7. En ce qui concerne l’égalité au droit de Travail dans des conditions justes et favorables , l’article 1er du Titre 1er du Code du Travail promulgué en 2006 pour garantir des droits sociaux économiques dispose qu’il « est considéré comme travailleur au sens du Code du Travail, quels que soient son sexe et sa nationalité, toute personne qui s’est engagée à mettre son activité professionnelle, moyennant rémunération, sous la direction et l’autorité d’une autre personne physique ou morale, publique ou privée. »  8. Le plafond de verre est une expression américaine datant de la fin des années 70. Il désigne les « freins invisibles » à la promotion des femmes dans les structures hiérarchiques. Il constitue un obstacle dans l’évolution de leur carrière au sein de l’entreprise et limite leur accès à des postes à responsabilité. 9.  Un lieu  utilisé  pour la consommation du khat. 

Intro.

“I will finish [school] if God helps me!” said a ninth-grade female athlete. This is the faith and drive a young rural woman in Djibouti expressed for her desire for greater access to education and a better livelihood. The fact that she is an athlete could be important not only for her physical well-being but also for her academic success. In other contexts, correlation has shown student athletes more likely to have higher grade point averages as well as graduation rates. Correlation is not causation and many authors have debated the complex nature of how sports influences educational outcomes. 
For rural women in Djibouti, finishing high school is an incredible accomplishment. Many parents from the rural areas of the country have not even completed primary education. Many development actors (governments, NGOs, and multi-laterals) utilize outreach programs to encourage students who are at risk of dropping out of the educational process for non-academic reasons. This is especially true of females who if they continue in education may reduce early pregnancy, overall birth rate, and garner higher life-time wages. Sports For Development (SFD) has been promoted by many multi-lateral organizations for its potential for use in developing communities’ social cohesion, individual skills, livelihoods, health, education and economic activities. SFDs have also been utilized in many situations where a marginalized population is concerned (gender, war, etc.). 


Girls Run Too (GR2) is a program in Djibouti that has trained over 100 girls in women’s athletics (track and field) as a way of encouraging academic retention. For girls to be a part of the training, get scholarships for school, and ‘prizes’ (shoes, clothes, etc.) they must remain in school. This report reviews the main results of a qualitative study performed in 2015-2016 that relied on interviews with over 25 girls in the program, other women athletes, coaches, and the organizational director. The central question was to construct how sports participation acts in their lives to promote better outcomes and livelihoods. GR2 was funded by non-government organizations in cooperation with the Ministry of Youth and Sports. 
Gender in Djibouti. To better understand the challenge girls in rural areas of Djibouti face, the broader economic and social data on women needs some consideration. Due to space limitations and a desire to look at the results of this study in more depth, readers are referred to other articles in this publication for gender indicators of women in Djibouti. 


Results.

Participants were characterized by social and educational data collected through a pre-interview questionnaire. Over 30 young women were sampled in addition to coaches, project directors, and other prominent women athletes. The average age of the participants in GR2 was 16.1 years. Parents of participants had very little formal education. Only 32% of participants’ fathers had any education and only 12% of participants’ mothers had any formal education. On average, the monthly household income was just under 31,000 DJF (~$175). With an average household size of 7.3, this puts these households at well below the poverty line for the country. Thus, for a family that relies on the productivity of their girls for managing the household chores, it can often be difficult for families in this situation to support girls’ athletic participation. When asked if they help with housework, over 92% of girls said that they had responsibilities in the home. All of these characteristics are typical of rural populations in Djibouti and show how the participants in particular are among the most at risk population for educational attrition. Results of this study are organized into the content, processes, and outcomes of the SFD program (Hancock et al, 2013). 


Content.

According to the program director, the content of the program was to promote the importance of completing secondary education for girls. Responses to the question, “How are you in school?” and the follow -up “How has being on the team help with your school work?” elicited some interesting response from the participants. 13 of the 16 people who responded to the question suggested a positive attitude toward schooling and their performance in school. When asked to specify how the team has helped with schooling, three participants suggested that the both the monetary and social encouragements that GR2 supplies helped them in their schooling. Examples of their responses include: 
"[GR2] gives them courage to keep going to school and pays fees”  

“Every day, [the GR2 coach] gives counsel to continue racing and schooling. Then she says, “be courageous!” 

“Of the 3 girls in my family, only I go to school. The others help at home. I’m going to finish if God helps me.” 


Process.

The activities of the team included many formal practices (daily or weekly) meetings, social engagements, and community building. During these times, coaches sought not only to address athletic performance the girls are facing, but to address the personal development issues of the girls as well. Coaches incentivized these activities through a number of externally funded interventions including clothes, shoes, school fees, prizes related to both academic and athletic performance. Much of the time spent together resulted in transfer of knowledge about hygiene, health (especially related to women’s health issues), and character development. It was reported that the girls often stayed with the female coaches when they came from Ali-sabieh for competitions. Experiences like these with peer mentors and adults with broader life experiences had a significant effect on the development of the girls.  
Responses to the question, “Are your parents supportive of you running?” revealed some of the process of the SFD program. Nearly all the respondents (22/24) suggested that their parents were supportive of their participation in the sports club. However, a few suggested that their moms in particular took longer to convince. A number of the girls noted that their fathers were particularly supportive of their athletics. This perhaps reflects the reality that mothers feel more acutely the loss of potential labor inside the house when girls are not available. Focus group data showed that the team now has a favorable reputation around Alisabieh and in the running communities. They want to participate or are encouraged to participate by parents looking for resources that are supplied by the partnering NGOs, by fellow athletes who enjoy the program, or simply by their desire to learn how to run well. 

 

Outcomes.

An important outcome of the SFD project is the changing of girls and communities’ attitudes toward education and careers. Responses to the question, “What do you want to do in the future?” showed wide variability for the girls. The girls seemed to be split into two groups. One group which chose from a wide range of professional activities (doctor, teacher, director, coach, etc.) and the other 
group who suggested that they would like to work for one of the armed forces in Djibouti. Though this initially seemed odd that so many girls would aspire to military service, with the interpretation of the coaches it became much more clear. Really, for many of these girls, the combination of armed forces and athletic activities is appealing. Each military in Djibouti has an athletic team. Participation on the athletic team often comes with an entry level position with the unit. Thus, the girls could effectively be paid to run for their club. Another consistent theme was the desire to either be married or to be a mother in the future. This is indicative of their expected role as a child bearer for their community. 

 

Conclusion.

The SFD outreach evaluated in this study has had a very positive impact on the lives of many girls in Djibouti. Clearly, based on constructed responses of participants, girls’ livelihoods, education, and character development have been affected by participation in this program. This suggests the need to continue to promote and increase girls’ participation in more programs using similar content, process, and methodologies. The following are three recommendations that with proper funding and staff, could add to the iterative development of better SFD interventions into the future. First, based on the responses of participants, SFD should develop contextualized formal curriculum that address the objectives of educational participation in athletic programs in coordination with the Ministry of Sports and Youth. Girls’ ability to articulate and ‘own’ the program and its objectives will help to transfer these values to new generations of runners as well as build the ethos of the team around these shared values. Second, SFD programs should be promoted within the broader sports for development outreach happening in the region. Opportunities for sponsor organizations to highlight the development and success of girl participants can help to shape the gender policy for girls’ participation in athletics going forward. Finally, SFD program organizers should continue to collect data for reporting results within the SFD community. Evidencebased outcomes are critical to creating and adjusting policy and program curricula, as well as the decision-making process. 


Dr. Thomas Jones, specialist in comparative and international development education.  
Abdillahi Ismael, Phd Economist, University of Djibouti 
 

La notion d’un «espace djiboutien» ne se construit que très tardivement, fruit de l’expansion coloniale française et de l’imposition de sa domination autour du golfe de Tadjoura, ainsi embarqué dans des projets qui lui sont extérieurs. Cela ne signifie pas qu’une histoire antérieure des sociétés des actuels territoires djiboutiens ne puisse être travaillée, mais elle ne peut se concevoir qu’insérée dans des recherches et des problématiques régionales. Les espaces littoraux de la Corne sont en effet parcourus et habités depuis les débuts de l’humanité, comme le montrent les travaux des archéologues par exemple sur les sites de Barogali, Chekheyti Issie, Hara Idé ou Assa Koma [Gutherz, 2013]. Ce dernier site alimente par exemple l’hypothèse de pratiques partagées avec des sites soudanais plus anciens d’un millénaire [Gutherz et al., 1996], montrant l’insertion des espaces actuellement djiboutiens dans des circulations à une large échelle. Cette réalité se confirme au Moyen-ge, où le port de Zeyla est un centre commercial inséré au Xe siècle dans des échanges régionaux qui incluent la mer Rouge, le littoral de l’océan Indien et le Yémen, et mondialisés depuis le XIIIe siècle [Fauvelle et al., 2011]. La région apparaît toujours comme un lieu de circulation avec l’arrivée possible de locuteurs du somali vers le Xe siècle [Lewis, 1966]. L’étude de son histoire s’intègre aussi dans celle des espaces musulmans de la Corne [Cuoq, 1981], relancée en particulier par Bertrand Hirsch [Hirsch, 2002]. Outre les publications de cet auteur, notons la thèse d’Amélie Chekroun sur le Futuh al-Habaa. 


Un territoire plus strictement «djiboutien» s’installe dans les échanges régionaux avec la création de la ville de Tadjoura, sans 
doute au XVIe siècle, impliquée dans les circulations entre l’Arabie et les États de la Corne. Mais la documentation est très réduite, principalement composée de récits des voyageurs et navigateurs des XVIIIe et XIXe siècles, sans que des études ne permettent actuellement d’historiciser sa situation. Il n’est sans doute pas pertinent de parler déjà d’une «histoire djiboutienne», mais il serait nécessaire que des chercheurs se lancent sur ces périodes antérieures au XIXe siècle, par exemple sur l’islamisation de la région qui a connu des formes variées entre les VIIe et XVIe siècles avant son renouveau à la fin du XIXe. 
La première étude historique sur Djibouti en tant que tel, «Une colonie inutile : Obock» par Henri Brunschwig en 1968, enterre en fait le sujet pour près de trente ans. A part quelques travaux de maîtrise, dont trois ont fait l’objet d’une publication [Picquart, 1971; Leroux, 1998; Prijac, 2015], et un article d’Alain Rouaud, ne paraissent ensuite que des histoires politiques écrites du point de vue colonial [Oberlé, 1971; Tholomier, 1977; Oberlé et Hugot, 1985] et quelques études descriptives de non-spécialistes dans la revue Pount. Ce sont les travaux de Colette Dubois, à partir d’une exploration minutieuse des dépôts d’archives, qui font entrer pleinement le Djibouti colonisé dans les études historiques, avec d’abord la publication d’une Histoire économique en 1997, puis une approche à la jonction des Histoires industrielles et sociales en 2003, et enfin un début d’analyse politique, auxquelles s’ajoutent de trop nombreux articles sur ces sujets pour qu’il soit possible de les citer ici. 

Trois thèses d’Histoire sur Djibouti ont été soutenues par des Djiboutiens : Fantu Agonafer, Mohamed Ali dit Ali Coubba et Adawa Hassan. La première est pratiquement une «histoire du présent», mobilisant principalement des témoignages et de la presse. Les deux autres proposent un point de vue différent sur la période coloniale sans utiliser une documentation originale. Trois autres thèses ont été réalisées en France, consacrées à Léonce Lagarde par Lukian Prijac, à la construction des identités et des territoires djiboutiens par Simon ImbertVier et aux «tirailleurs somalis» par Laurent Jolly. Enfin, deux thèses d’histoire sont en cours en France : Ilmi Abane Bule travaille sur les mouvements indépendantistes et Clément Cayla-Giraudeau sur la «djiboutienneté». Il faut mentionner également des travaux de spécialistes d’autres disciplines qui ont mobilisé une documentation historique, en particulier Amina Saïd Chiré, Didier Morin et Samson A. Bezabeh, ainsi que des travaux non universitaires : l’ouvrage militant d’Ali Coubba, le dictionnaire de Daoud Aboubaker Alwan et Yohanis Mibrathu, et une étude d’Aramis Houmed Soulé. Ces quelques travaux laissent d’importantes lacunes dans notre compréhension de l’Histoire djiboutienne. La question des habitants, de leur vécu, de leurs situations concrètes, de leurs organisations, du travail, de la terre et de la propriété, de la justice, des femmes, de la sexualité, du rapport colonial au quotidien, de la vie rurale…, bref toute l’Histoire sociale de Djibouti est à peine ébauchée. L’autre grand manque concerne l’ensemble des périodes avant et après le moment colonial qui a concentré l’essentiel des travaux. Pour mener à bien ces importants chantiers, il est indispensable de constituer des fonds documentaires, car la constitution de corpus de sources est un enjeu majeur pour les historiens. Très peu de documents antérieurs à la colonisation ont été recensés et utilisés jusqu’à présent, et ils sont pratiquement tous européens. De nombreux fonds (éthiopiens, turcs ou arabes par exemple) restent largement inexplorés, ainsi que la documentation de la période postcoloniale. 


La documentation publique de la colonisation conservée en France est assez importante et accessible mais, outre son biais naturel, elle présente de nombreuses lacunes. Ainsi, pratiquement aucune archive judiciaire ni de santé n’a été conservée. A Djibouti même, quelques fonds privés sont déjà repérés, comme celui de la Chambre de commerce, de l’évêché ou du chemin de fer à Addis Abeba. Il en existe certainement d’autres, soit dans des administrations (justice, port, présidence, ministères, Assemblée, ONEAD, EDJ, municipalités et régions, fisc, registre foncier, état civil…), soit privées (entreprises, acteurs économiques ou politiques, notaires…) qui restent à recenser et explorer. Quarante ans après l’indépendance, il est de la responsabilité des autorités djiboutiennes de mettre en place un centre d’archives nationales et des procédures efficaces de dépôt des fonds. 
Pour des périodes assez récentes, des enquêtes de terrain et des entretiens peuvent permettre également de combler des lacunes documentaires. Dans ce domaine, il faut saluer l’édition par Ali Coubba de ses entretiens avec Ahmed Dini et par Colette Dubois et Jean-Dominique Pénel de ceux avec Saïd Ali Coubèche; et la publication par Omar Osman Rabeh et Mohamed Aden de leur autobiographie, et souhaiter qu’ils servent d’exemples à d’autres acteurs. 

 

Simon Imbert-Vier, 
Docteur en Histoire  Institut des mondes africains (IMAF)

simon.iv@laposte.net 

L ’une des particularités de la société djiboutienne est d’être cosmopolite. Qui n’a pas été frappé par la diversité des langues parlées dans certains quartiers de la capitale (quartiers 1,2,4). Djibouti, à l’image de toutes les villes côtières, est une ville ouverte sur le monde et cela depuis sa fondation en 1896. Les promesses d’un développement rapide de la Côte Française des Somalis et de sa nouvelle capitale Djibouti, nouvel eldorado de la Corne de l’Afrique, sont à l’origine d’un mouvement migratoire régional voire international. Européens, Somalis, Éthiopiens, Soudanais, Banians, Yéménites et bien d’autres arrivent à Djibouti. Ce foisonnement de cultures, de races est une aubaine pour les Historiens comme pour les linguistes, etc. Ce cosmopolitisme n’est pas un concept creux, mais une réalité nationale. La richesse de ce petit pays repose sur sa diversité. Son Histoire en devenir ne peut se réduire à l’histoire de quelques individus ou de quelques événements pris séparément. Elle doit être globale. L’objet de cet article est d’apporter un éclairage sur la contribution, peu ou pas connue, de la communauté Yéménite à l’Histoire contemporaine de Djibouti.

  
L’un des tous premiers domaines où les premiers migrants yéménites se sont illustrés fut la construction des premiers bâtiments de la ville naissante de Djibouti . Aménager l’espace et construire les différentes infrastructures nécessaires au développement de la ville étaient prioritaires : quartiers d’habitations, bâtiments administratifs, routes, infrastructures portuaires et ferroviaires. Ces nombreux chantiers nécessitèrent une maind’œuvre nombreuse et qualifiée. Les populations autochtones nomades de la CFS, les Afars et les Somalis-Issas, peu intéressées par la vie urbaine, étaient peu attirés par le travail salarié. La pénurie de main-d’œuvre locale qualifiée a obligé les entrepreneurs du bâtiment et les employeurs de la CFS, soutenus par l’administration coloniale, à encourager l’immigration notamment celle provenant du Yémen. On s’adressa à des intermédiaires installés dans les foyers de départ comme Aden ou Berbera en Somalie britannique pour recruter.  ces ouvriers munis d’un contrat de travail, s’ajoutait une main -d’œuvre issue de l’immigration clandestine. uand les Français sont venus d’bock et se sont installés, ici au Ras Dika, ils ont fait venir des ouvriers yéménites des akmis de Doubab, Moka et du ab-el-Mandeb. Les maisons du plateau ont été d’abord construites par les Yéménites. Les maçons  étaient des Yéménites. Les Afars et les Issas n’étaient pas qualifiés pour construire les maisons. Leurs troupeaux étaient leur centre d’intérêt.  la fin de leur contrat, l’administration coloniale leur octroie la nationalité. C’est de cette manire qu’est né Djibouti (Sources orales). Après la Seconde Guerre mondiale, la population autochtone, Afars et Issas, attirée par les promesses de travail et fuyant les difficultés de la vie nomade est arrivée en grand nombre dans la ville de Djibouti.

 

Cependant, cet exode rural n’arrivant pas à pallier le manque de main-d’œuvre qualifiée, les entreprises de la CFS continuèrent à recourir à des ouvriers spécialisés étrangers, notamment arabes. L’Union Syndicale interprofessionnelle des entreprises de la CFS, écrit, en 1965, jusqu’à ces derniers temps, il était admis chez les employeurs de Djibouti que la quasi-totalité des employés qualifiés et des cadres ne pouvait provenir que de l’extérieur. Sauf exceptions, seuls des expatriés (Français, Malgaches, Grecs, Indiens, Italiens, etc.) ou des Djiboutiens d’origine arabe fournissaient des spécialistes et des cadres . L’insuffisance de l’Enseignement professionnel dans la CFS, dans les années 1950, explique les difficultés pour les entreprises à recruter des ouvriers autochtones spécialisés (Archives CCID. Bulletin d’information N° VIII de l’Union Syndicale interprofessionnelle des entreprises de la CFS, 1965). 
En dehors du secteur du bâtiment, les Yéménites se sont également rendus indispensables dans de nombreux autres domaines comme l’artisanat, les emplois du port comme dockers et ceux à bord de navires comme soutiers ou chauffeurs.  l’époque où les navires fonctionnent au charbon, les chaudières des navires nécessitent une maind’œuvre nombreuse et organisée pour travailler dans les soutes vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les manutentionnaires, qui entretiennent les chaudières, appelés chauffeurs et les marins étaient majoritairement recrutés chez les Arabes. 


Le secteur agricole est, également, une branche d’activité exclusivement yéménite. Avec un climat semi-aride, l’activité agricole se révèle très difficile et nécessite un savoirfaire en matière d’irrigation. Afin de développer une production maraîchère à Djibouti, Hamoudi Ben Ahmed, commerçant arabe originaire de Hodeida et Mohamed Salem Coubèche, commerçant arabe spécialisé dans  l’avitaillement  des   navires,   ont  fait  appel à des agriculteurs yéménites ayant une parfaite connaissance de l’irrigation, les Hakmis. Ils les ont installés à 3 km de la ville de Djibouti, dans la vallée occupée par l’oued Ambouli. Ces agriculteurs ont permis d’approvisionner la ville de Djibouti en fruits et en légumes. Pour avoir créé ces jardins, le gouverneur Bonhoure a élèvé, en 1904, au grade de Chevalier du Mérite Agricole, Mohamed Salem Coubèche et Hamoudi Ben Ahmed (Dubois C., 1997).  
La qualité de ces agriculteurs Hakmis est également mise à contribution lors de la création du poste de Dikhil, dans le sud du pays.  En 1928, afin de contrôler les frontières sud du territoire, les Français construisirent un poste avancé à Dikhil, dans un paysage de désolation. Pour subvenir aux besoins de la petite garnison, Alphonse Lippmann, administrateur civil de Dikhil, fit venir de Djibouti des « jardiniers d’Ambouli, car le Somali n’est pas cultivateur » (Lippmann A., 1953). La communauté yéménite, notamment ces membres les plus aisés, s’est également illustrée dans le domaine religieux à travers le mécénat. A Djibouti, ville très cosmopolite et tolérante, se côtoient cathédrale, synagogue et mosquées. Ces dernières, laïcité oblige, sont financées par les dons collectés auprès des fidèles ou grâce aux dons de généreux bienfaiteurs. Ainsi, les premières mosquées de la capitale furent l’œuvre de donateurs d’origine yéménite. Dans la ville haute, la mosquée Al Nour, connue aujourd’hui sous le nom de Mosquée amoudi, construite en 1906 et la mosquée Said Hassan furent financées respectivement par Ahmed Hamoudi et Said Hassan el Bas, Riche commerçant yéménite originaire de Massawa. Dans les quartiers autochtones, nombre de lieux de culte furent également l’œuvre de mécènes yéménites. Le financement des lieux de culte n’est pas une exclusivité des riches commerçants yéménites. Des notables Somalis, comme Hadji Dideh, ont également apporté leur contribution. La ville de Djibouti n’est pas un cas particulier. Dans les villes de l’intérieur, les Yéménites ont, également, financé la construction de mosquées. C’est le cas notamment à Dikhil, Tadjourah et Obock (Dubois C. et Soumille P., 2004). 


L’autre particularité de ces généreux bienfaiteurs est d’avoir donné une partie de leurs patrimoines fonciers en biens waqf. En pays musulman, le waqf ou habous est une fondation inaliénable où les revenus de biens rapportant de l’argent sont dévolus à l’entretien et au fonctionnement d’institutions pieuses ou charitables (les waqfs khayr-s, (une école (madrasa), mosquée, etc.)) au profit d’une personnalité, membre de la famille du fondateur, le waqf ahl-s. Au-delà de l’aspect religieux, le waqf khayr est un acte de prestige social. Ahmed Hamoudi a, ainsi, constitué une partie de son patrimoine immobilier, situé dans le quartier européen, en biens waqfs pour l’entretien de la mosquée Al Nour qu’il a construite. Il fit, également, don à la communauté musulmane d’un vaste terrain à Ambouli pour y construire un cimetière musulman. Le religieux n’a pas été le seul domaine à recevoir des donations. Le secteur éducatif a bénéficié également des largesses des bienfaiteurs arabes. Dans la première moitié du XXe siècle, l’enseignement était très embryonnaire. Pour l’administration coloniale, la scolarisation des populations indigènes n’était pas prioritaire. Au début des années 1930, Djibouti ne compte qu’une école primaire publique des garçons avec 146 élèves et quelques écoles privées à forte connotation ethnique (une école hindoue, une école israélite et treize écoles coraniques). C’est dans ce contexte, qu’Ali Mohamed Coubèche, notable d’origine yéménite, qui a fait fortune dans le domaine de l’avitaillement, a financé, en 1936, avec d’autres notables autochtones la construction de l’école Al Najah (la réussite) ou l’école franco-arabe. Cet établissement privé musulman construit dans le quartier indigène, incorporait dans ses enseignements à la fois l’apprentissage de l’arabe, du Coran et de la langue française. Afin de subvenir aux besoins de l’établissement et au paiement des enseignants qui venaient du Hadramawt, il dota l’établissement de biens waqf. Cette école qui concilie tradition arabo-musulmane et culture occidentale, notamment française, constitue pour les parents musulmans méfiants à l’égard de l’école française, occidentale laïque et chrétienne, une alternative. Certains hommes politiques, comme Abdallah Mohamed Kamil, qui fut Président du Conseil de gouvernement du TFAI en 1976, ont fréquenté cette école.  


Dans la première moitié du XXe siècle, la communauté arabe d’origine yéménite apparaît comme un acteur économique, religieux et social de premier plan dans l’histoire de la CFS. Elle a su être prospère et influente. D’une manière plus globale, l’histoire contemporaine de Djibouti est intimement liée à celle de ces populations aux origines diverses. Quelle soit autochtone, ou issue de la colonisation ou de l’immigration, la population

Djiboutienne d’aujourd’hui est dépositaire de cet héritage multiculturel. 

 

Djibah Benoit Frumence 
Secrétariat d’Etat aux  Affaires Sociales djibahbenoit2012@yahoo.fr 
   

L 'idée d'une diaspora africaine apparaît dans les années 1960 et prolifère rapidement dans la littérature scientifique2. Rogers Brubaker retient trois critères distincts pour identifier ce phénomène : la dispersion d'une population loin de son territoire d'origine, une orientation claire en direction de ce dernier, et le maintien de frontières identitaires3. Au regard de cette définition a minima, il est possible d’identifier l’existence d’une diaspora djiboutienne antérieure à l’indépendance du pays, formellement structurée à compter de la moitié du XXe siècle. Nous nous attacherons ici à évoquer les rassemblements des « navigateurs somalis » dans la France de l’après-guerre, avec l’ambition de jeter les fondations d’une étude biographique ou prosopographique « par le bas ». Celle-ci doit permettre d’écrire l’histoire de ces rassemblements qui n’ont, à ce jour et à notre connaissance, jamais fait l’objet d’un quelconque travail de recherche4. Susceptible d’éclairer au sens large le rôle politique de la diaspora djiboutienne, cette étude s’inscrit en outre dans le champ d’un plus vaste programme scientifique dédié à l’écriture de la « djiboutienneté5 » au cours du XXe siècle. Alors que la République célèbre cette année le quarantième anniversaire de son indépendance, partir en quête des constituants historiques de l’identité nationale contemporaine relève de la nécessité pour les études djiboutiennes.  


Le rassemblement qui nous intéresse plus particulièrement dans le cadre de cet article naît à Marseille en 1948 sous le nom d’Amicale des Originaires de la Côte Française des Somalis (CFS)6. Cette association loi de 1901 attire l’attention de l’administration coloniale dès janvier 1948. Par un câblogramme daté du 26 janvier, le gouverneur Paul-Henri Siriex7 interpelle son ministère de tutelle afin de recueillir des renseignements au sujet des activités d’un Somali de la fraction Issaq Haber-Awal résident à Cardiff, affilié au club « Hanolato8 », au sein de la communauté des soutiers et chauffeurs d’origine djiboutienne à Marseille en octobre 19479. Le 17 février 1948, le ministère de la France d’Outre-Mer confirme ces éléments et informe le gouverneur de la constitution d’une Amicale des Originaires de la CFS, sous l’influence supputée du syndicat CGT des marins. Ainsi que le note le Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage (SDECE) en mai 1948, l’Amicale se présente comme une association d’entraide philanthropique, ayant pour but d’entretenir d’une part des relations entre ses adhérents, et d’autre part des relations entre les compagnies de navigation et le ministère de la marine marchande pour l’amélioration du sort des navigateurs somalis10. Tirant ses fonds des cotisations mensuelles et exceptionnelles de ses membres, elle rassemble déjà en mai 1948 près de 250 adhérents dont 125 à Marseille. Le fractionnement clanique de ses membres permet d’identifier 70 Haber-Awals, 40 Issas, 10 Gadaboursis, 10 Darods et 10 Afars. Avec une moyenne d’âge de 34 ans, les membres prépondérants de l’association réunissent quant à eux 11 Haber-Awals, 4 Issas, 1 Gadaboursi et 2 Darods, dont le président de l’Amicale. 
 

La naissance, la composition des membres et le fonctionnement de cette association sur le sol marseillais soulèvent plusieurs interrogations, que nous aborderons succinctement. 


En premier lieu, il convient d’étudier l’Amicale dans le contexte particulier de l’essor politique de la colonie, perceptible depuis la création en 1945 du Conseil Représentatif de la Côte Française des Somalis et Dépendances11. Une certaine effervescence s’empare de la CFS et prend rapidement une coloration ethnique. En septembre 1945, l’Haber-Awal Mahamoud Haid tente ainsi de refonder les sociétés somalies dissoutes en 1940, notamment la Société sportive somalie qui, de 1934 à 1939, constituait une émanation politique du syndicat des gens de mer12. Initiative aux conclusions plus heureuses,  un Club  de   la  jeunesse  Somalie et Dankalie est fondé en 194613 face au Club de la jeunesse arabe, créé en 193714. Des incidents émaillent également cette période, dont les plus importants se concentrent au cours de l’année 1949. Impliquant les communautés issa, gadaboursi et arabe, ces attentats et échauffourées se concentrent d’abord sur la personne du sénateur gadaboursi Djama Ali Moussa, puis du conseiller de l’Union française d’origine arabe, Saïd Ali Coubèche15. Ce contexte n’est pas négligeable dans le cadre de ce travail, comme en témoigne la dénonciation par la communauté arabe de Marseille d’un membre de l’Amicale après l’attentat du 19 octobre 1949, ou bien encore la lettre du 23 mai 1949, cosignée par 71 adhérents de l’association, réaffirmant leur « pleine et entière confiance en [leur] conseiller de la République16 ». Bien qu’elle soit statutairement dépourvue de finalité politique, l’Amicale participe indéniablement à la vie publique naissante de la CFS. Son articulation à la réalité ethnodémographique de la colonie17 devrait en conséquence faire l’objet de recherches spécifiques. 


En second lieu, ce rassemblement conduit à interroger l’évolution du référentiel identitaire djiboutien au cours de l’après-guerre, en lien avec le développement du nationalisme somali. L’Amicale constitue, dès son origine, un groupe étroitement surveillé, suspecté de chercher à rallier tous les Somalis de France et d’Afrique du Nord au bloc somali anglo-italo-abyssin, du fait de l’obédience pansomalienne de son inspirateur. Il convient ici d’évoquer brièvement la Somali Youth League (SYL), fondée à Mogadiscio en 1943 sous le nom de Somali Youth Club. La SYL est une organisation nationaliste qui s’étend dès 1947 sur le territoire de l’ancienne Somalia, du Somaliland et cherche à s’implanter en CFS18. Mouvement urbain qui cherche à gommer la structure clanique traditionnelle, elle prend une ampleur considérable après plusieurs échecs19 et compte en avril 1951près de 500 membres en CFS, dont 50 Issas. L’Issa fourlaba Mahmoud Harbi, dont la biographie n’est plus à faire20, en constitue un comité local le 26 juin 1952. Il est particulièrement intéressant de noter que de nombreux membres de la SYL en CFS, avant et après la création de ce comité, sont également membres de l’Amicale. 
Identifiées par le SDECE ou les services de la Sûreté, ces circulations démontre la perméabilité des organisations et accrédite la thèse d’un rôle actif des organisations diasporiques dans l’écriture mouvementée de l’identité djiboutienne. 


Pour finir, c’est à l’enchevêtrement des ambitions politiques personnelles, communautaires et nationales que renvoie une étude historique de l’Amicale. Outre les relations entretenues par Mahmoud Harbi avec ses adhérents, les archives révèlent en février 1953 l’identité de deux de ses membres d’honneur : Hassan Gouled Aptidon, ancien lieutenant devenu rival de Mahmoud Harbi, et le colonel Edmond Magendie, député de la CFS (1951-1955)21. Particulièrement sensible au sort des Somalis, notamment Haber-Awals, Darods et Gadaboursis, qui constituèrent l’essentiel du « bataillon somali » à partir de 191422, ce dernier est chargé - faut-il le rappeler – d’une mission d’identification des populations du Territoire Français des Afars et des Issas du 1er novembre 1970 au 31 décembre 1972, dont les résultats déterminèrent la constitution des listes électorales et conditionnèrent le référendum sur l’indépendance de 1977. Ces soutiens, parmi d’autres, doivent nous conduire à interroger l’articulation entre les idées que les membres de l’Amicale propagent et l’agenda politique de ses différents parrains.  


Ces premiers éléments d’enquête appellent un travail de terrain approfondi, en République de Djibouti, au sein des fonds archivistiques de la France d’Outre-Mer23 et auprès des membres de l’actuelle Association des Djiboutiens de Provence. Nous espérons que ce programme permettra de répondre au cours des prochains mois aux différents questionnements soulevés dans cet article, contribuant ainsi à une meilleure compréhension de la « djiboutienneté » contemporaine.  

 

Clément Cayla-Giraudeau 

Doctorant en histoire  contemporaine

Clement.cayla@gmx.fr 

"Aujourd’hui, sur le marché du travail, deux catégories souffrent de handicaps liés à l’accès à l’emploi ; il s’agit des jeunes et des femmes"

Femmes et Emploi en République de Djibouti

Girls athletic participation as a development tool for Djibouti 

"Girls Run Too (GR2) is a program in Djibouti that has trained over 100 girls in women’s athletics (track and field) as a way of encouraging"

Situation et perspectives des études historiques djiboutiennes

"Un territoire plus strictement «djiboutien» s’installe dans les échanges régionaux avec la création de la ville de Tadjoura, sans doute au XVI e siècle, impliquée dans les circulations entre l’Arabie et les États de la Corne"

Les Yéménites de Djibouti (1896-1977). L’histoire d’une communauté influente 

"La richesse de ce petit pays repose sur sa diversité"

La fabrique diasporique de la djiboutienneté : les “navigateurs somalis” dans la France de l’après-guerre

"...il est possible d’identifier l’existence d’une diaspora djiboutienne antérieure à l’indépendance du pays, formellement structurée à compter de la moitié du XXe siècle"

Djibouti est fille de la mer. Nanti de ses trois cent soixante-dix kilomètres de côtes, les richesses maritimes de Djibouti sont nombreuses, diverses et … méconnues, formant un patrimoine maritime unique. Son littoral est riche d’une histoire maritime pluriséculaire dont les héritages sont constitués à la fois de biens matériels (phares, bâtiments urbains en madrépore, bâtiments portuaires, quais, monuments, cimetières maritimes, épaves, etc.) principalement hérités de la période coloniale et de biens immatériels (traditions maritimes de langue afar, arabe et somali, toponymie et microtoponymie des côtes, techniques navales ancestrales des boutres, etc.) voire naturels (fonds sous-marins, faune et flore marines : requin-pèlerin, dugon, tortue, île, corail, madrépore, mangrove, etc.). Mais ce patrimoine pose plus de questions que nous n’avons de réponses. Tout d’abord de quoi parle-t-on ? Quelle définition donner au patrimoine maritime ? Existe-t-il un patrimoine maritime djiboutien ? Ce besoin de mer qui se manifeste depuis plus d’un siècle en Europe par un besoin constant de loisirs balnéaires, du goût pour les rivages sauvages et l’immensité océanique, a créé aussi un besoin de préserver cet héritage maritime.  
Le patrimoine maritime de la République de Djibouti n’est-il pas seulement alors une transplantation de cette vision européenne de sauver un héritage dit « colonial » plus qu’un besoin local de savoir historique ? Quelle conscience les populations locales ont-elles de ce dernier ? Quelle est la volonté politique djiboutienne mais aussi française, de le préserver voire de le mettre en valeur (à des fins patrimoniale ou touristique) face à la brutalité des reconversions économiques qui s’opèrent aujourd’hui sur le littoral djiboutien (Doraleh, Tadjoura, Dankalelo, Damerjog, Moucha) ? Cet articulet se propose de présenter des pistes de réflexion sur ce patrimoine. 


Définition du patrimoine maritime 
Le terme de « patrimoine » est polysémique : il est subjectif, identitaire ou stratégique. Tout ou presque est patrimoine ou susceptible de 
le devenir. Si tout le monde sait à peu près ce qu’est un patrimoine rural (pour Djibouti comprendre « nomade ») ou un patrimoine urbain, les définitions sont plus difficiles à fournir lorsque l’on parle de patrimoine maritime. Ne pourrait-on pas dire que le patrimoine maritime est simplement une présentation d’objets et d’idées associés à la mer ? Indubitablement, un boutre, un zaroug, un boom conçus pour la navigation en mer, la jetée du Gouvernement avec en son extrémité le bâtiment de l’Escale, les quais du Fontainebleau ou Duparchy afin de protéger de la mer le port de Djibouti, relève du domaine spécifiquement maritime car il s’agit d’objets dont l’originalité réside dans le fait qu’ils flottent ou qu’ils protègent un établissement humain de la variabilité et de la force des eaux marines lorsqu’elles atteignent les rivages. Mais qu’en est-il des chantiers navals Vimar, des phares d’Ambouli à Djibouti-ville, de Ras Bir ou de la maison du Gouverneur Lagarde à Obock ? et plus largement des faits de sociétés localisés sur la terre ferme mais qui découlent pourtant du maritime comme la gestion des Salines au début du XXe s., des structures commerciales comme les entreprises d’import-export des Paul Marill, Antonin  Besse ou Maurice Riès situées sur l’interface terre-mer qui se sont développées durant les temps historiques avec des caractéristiques uniquement maritimes ? 
La définition du patrimoine maritime renvoie au contact terre/mer qui constitue la discontinuité fondamentale de la planète. Les hommes de l’interface ont dû s’adapter au maritime, composer avec lui, transposer leurs rites de la terre vers la mer. Le patrimoine maritime est davantage littoral que maritime, au sens strict du terme. 


La notion de patrimoine maritime : comment le construire ? 
Si dans cette première approche, on définit le patrimoine maritime comme l’ensemble des éléments matériels ou immatériels liés aux activités humaines qui ont été développés   dans   le   passé  en  relation  avec  les ressources et le milieu maritime et qui sont aujourd’hui reconnus par les groupes sociaux, à différentes échelles géographiques, comme étant leur héritage propre, en totalité ou en partie constitutif de leur identité, et par voie de conséquence comme étant dignes d’être transmis aux générations qui leur succéderont, on s’aperçoit à quel point réfléchir et travailler sur les héritages associés à la mer et au littoral relève d’abord d’une démarche culturelle. Par le biais des objets (épaves, quais, phares), des sites géographiques (Obock, Dankalelo, Djibouti), des pratiques sociales (pêche, dockers, négociants maritimes), des imaginaires lentement stratifiés au cours des années, peut se constituer un guide dont on peut tirer des enseignements. Ce passé inscrit dans les lieux et dans les esprits de façon plus ou moins consciente, est aussi source majeure d’inspiration et instrument de mémoire et d’invention. C’est son passage sélectif d’un groupe social à l’autre (ici du « colonial » à la prise de conscience de sa propre « identité nationale »), d’une génération à l’autre, qu’il est question lorsque l’on parle de démarche ou de construction patrimoniale. 
Les littoraux de la mer Rouge et de l’océan Indien, deux notions géographiques maritimes dont fait partie Djibouti, sont intimement liés au développement des civilisations qui se sont succédé sur les côtes djiboutiennes depuis les populations ichtyophages du Gubbet ElKharab et leurs amas de coquillages du IIIe millénaire av JC au port conteneurs de Doraleh, d'aujourd’hui. C’est en tant que lieux de fixation majeure des activités d’échanges, de mise au point de technologies originales d’adaptation aux multiples formes de confrontation entre la terre et la mer, aux diverses façons de contenir, endiguer, affronter l’univers marin, à la fois source de dangers physiques et humains et sources de grandes richesses et de puissances politiques et économiques, que l’on peut construire un patrimoine maritime. Et pourtant quoi de plus fragile que cette interface sur laquelle l’eau des marées travaille sans cesse à éroder, réduire, effacer ce que les hommes ont péniblement construit2. Les mutations territoriales, les changements de fonction des sites, l’essor et l’affrontement des fortunes s’opèrent avec une extrême brutalité, allant des premières constructions coloniales à Obock (1884) ou Djibouti (1888) aux mètres cubes déplacés pour construire les ports conteneurs de Doraleh, minéralier de Tadjoura, salin de Gubbet ElKharab ou d’exportation de bétail de Damerjog aujourd’hui en 2017.

 
Le patrimoine maritime colonial en héritage : le cas de Djibouti-ville 
Djibouti-ville est une création coloniale française. Pour les Djiboutiens, elle est un héritage. Le patrimoine maritime colonial est un héritage culturel partagé par l’Histoire commune entre la France et la République de Djibouti. La ville de Djibouti et son port, dès la fin du XIXe s., possède les caractéristiques qu’elle conservera tout au long de son existence : elle est un centre de commerce, d’entrepôts, de réparation navale, d’avitaillement et son économie repose sur le port et l’activité maritime. Mais pas seulement : elle est aussi un centre maritime politique. La lutte contre la piraterie maritime somalienne, les événements aux Yémen et l’accès de l’Éthiopie à la mer font de Djibouti un centre naval de premier ordre. Son patrimoine est très riche rien qu’avec le port et ceux qui y travaillent. Une sous-culture maritime s’organise comme celle des dockers, corporation déjà présente lors de l’installation de la société Poingdextre & Menier en 1884 à Obock afin de charger les chalands de charbon pour les mener aux navires restés au large. Les dockers, ce sont les revendications syndicales et les grèves qui suivirent la sortie de la Seconde Guerre mondiale, c’est la cité d’Arhiba construite spécialement pour eux, leur façon d’être recrutés, de travailler et d’être payés. Mais il faut aussi chercher du patrimoine maritime dans le centre-ville de Djibouti et pas seulement dans le matériau des bâtiments (madrépore). Elle génère depuis longtemps une sous-culture maritime tellement ignorée (voulu ou pas ?) que l’on trouve à travers l’imaginaire des escales des navires des Messageries Maritimes où le flot des passagers remplissait les bars du Palmier en Zinc ou de l’Oasis, des virées  nocturnes des marins du monde entier que l’on voit arpenter les rues et les bars de nuit de la rue d’Éthiopie ou de la place Ménélik engendrant toutes une activité universelle que l’on retrouve dans tous les ports du monde. 


L’anti-patrimoine maritime colonial : le cas de Tadjoura 
Tadjoura est le seul port maritime avec tout ce qui l’identifie comme tel, originel en République de Djibouti. Incorporé en 1884 par un traité au Protectorat que la France se construit sur ces côtes, la ville de Tadjoura ne voit la première présence française qu’en 1928.  
C’est le seul port où la France n’a pas investi, ou très peu (calle, quai) et marqué le territoire comme on a pu le voir à Obock et à Djiboutiville. Qu’est-ce qui constitue alors le patrimoine maritime de Tadjoura ? Sa plage avec ses constructions navales, ses bateaux (youri et autre zaroug), sa forteresse (tout d’abord Égyptienne puis Française), sa tradition de pêche et de cabotage avec Zeyla et la côte yéménite et un peu plus loin, Sagallo et les restes de son fort égyptien toujours visible en 2017. Rien ici n’a été perverti ou très peu par la présence coloniale. C’est à Tadjoura que l’on ressent le mieux l’approche que les Afars, pour ne pas les nommer, ont de la mer. 
L’autre tradition historico-maritime de Tadjoura, c’est l’esclavage. Il y avait encore peu à Ambabbo, un anneau sur lequel on attachait les esclaves en attente d’embarquement. Disparu. Veut-on parler de cette mémoire et en retrouver les éléments patrimoniaux ?  Existe-t-il une identité patrimoniale maritime djiboutienne ? Peut-on se servir du patrimoine maritime comme vecteur d’identité ? Y-a-t-il un patrimoine maritime djiboutien ou seulement Afar, Somali ou Arabe (comprendre Yéménite) ? Y-a -t-il des fondements d’une dynamique patrimoniale qui s’opère sur le littoral djiboutien ?  
Cette notion de patrimoine maritime peut servir de révélateur, de miroir culturel. Par provocation, j’irai jusqu’à dire : les Djiboutiens ont -ils encore une mémoire ? Mais n’est-ce pas plutôt par ignorance que le patrimoine maritime disparait avec le temps (exemple : les Salines Est et Ouest où la maison du directeur des Salines se trouvait avant d’être rasée il y a peu pour construire le nouveau palais présidentiel). Il n’existe aucune étude, aucun inventaire, aucune littérature scientifique voire grise sur le sujet à Djibouti. Il n’existe même pas une histoire du port ! Tout ce travail reste à effectuer. Toute découverte patrimoniale demande à passer par le terrain, bien sûr, mais surtout par les archives administratives comme privées mais aussi par l’oral. Le travail est immense. Une société donnée à un moment donné peut décider de sauvegarder et conserver « des objets » afin de les transmettre tels quels aux générations à venir comme l’a fait la France en rénovant le cimetière marin d’Obock ou la maison Lagarde toujours à Obock. À Djibouti -ville, le patrimoine maritime est encore fonctionnel comme les phares d’Ayanleh et d’Ambouli, les quais pour mettre à poste les nombreux navires marchands et militaires, les entrepôts du port et les bâtiments administratifs de la Capitainerie, les maisons du centreville et bien d’autres « objets » à valeur patrimoniale. Il est inconsciemment préservé à des fins économiques. N’est-ce pas un bien en soit ? Mais n’est-ce pas non plus, le fait que les Djiboutiens ne voient pas là un patrimoine et inconsciemment n’ont pas conscience de sa présence donc de sa valeur ? 


Cette prise de conscience reste une volonté politique. 
Notion très incertaine à définir. La tendance est à la patrimonalisation naturelle à en croire les biens soumis à la liste indicative de l’UNESCO présentés par la République de Djibouti en 2015 : les Tumulus d’Awellos (2015), les Gravures Rupestre d’Abourma (2015), le paysage urbain historique de la ville de Djibouti et ses bâtiments spécifiques (2015), le lac Assal (2015), les îles Moucha et Maskali (2015), les paysages naturels de la région d’Obock (2015), le Parc National de la forêt du Day (2015), aire naturelle terrestre protégée d’Assamo (2015), aire naturelle protégée de Djalélo (2015), le lac Abbeh : son paysage culturel, ses monuments naturels et son écosystème (2015). Qu’est-ce qui a motivé les porteurs de ce projet patrimonialisation de trois « Biens » maritimes à la  liste de l’UNESCO ? À en croire leur rapport, les préoccupations environnementales sont de tous les instants (mangroves luxuriantes, espèces de poissons rares ou endémiques d’oiseaux, création d’un parc national (sans citer la notion de « maritime ») à Moucha, etc.). Elles intègrent aussi la recherche d’équilibre entre développement économique et conservation des ressources marines. C’est la recherche d’une interface entre nature et culture. Mais la réalité est tout autre. Comment peut-on concilier la mer et son environnement patrimonial qui lui est rattaché dans le quotidien d’une société moderne ? À Moucha, nous y trouvons des bâtiments neufs, plusieurs personnes y vivent du tourisme dérangeant la nidification des tortues et oiseaux. Dans le parc, nous y trouvons l’épave du bac l’Arthur Rimbaud dont la peinture ou les rejets de rouille se dispersent dans la chaine alimentaire. Rajoutons à cela la dégradation des paysages lors des constructions des ports de Tadjoura, Gubbet ou Damerjog qui demanderait une patrimonialisation rapide et véritable pour arrêter ce phénomène brutal et destructeur. Mais le classement de site arrêterait-il la pression économique et urbaine qui s’exerce aujourd’hui sur le littoral djiboutien ? 
 

Pourquoi inventer un patrimoine maritime djiboutien et pour quel public ? 
Le patrimoine maritime existe-t-il en soi ou bien n’est-il qu’une invention illusoire construite par les sociétés pour perdurer ? Ce patrimoine n’est-il pas qu’une transplantation d’une pensée européenne sur un coin d’Afrique afin de s’assurer une bonne image ou tout simplement une part de nostalgie ? En d’autres termes, le patrimoine maritime comme tout patrimoine culturel collectif doit-il être abordé en tant qu’inventaire fermé (à achever) ou en tant que processus culturel ouvert (à développer) ? Est-ce une richesse issue du passé à récupérer et à gérer afin qu’elle ne disparaisse pas ou une richesse à faire croitre dans la continuité des héritages ? Y-a-t-il un besoin de patrimoine maritime à Djibouti et quel public destinataire ? Les Djiboutiens en ont-ils éprouvé le besoin ? 
À ce stade de la réflexion (2017), la prise de conscience de la valeur et tout le parti que l’on peut tirer d’un patrimoine maritime 
en République de Djibouti est inexistant. Il faudrait un Malraux-djiboutien afin de créer cette dynamique. Alors s’affronte deux analyses très classiques. La première est la suivante : comment faire prendre conscience à un peuple foncièrement terrien de la place d’un tel patrimoine, un peuple issu du nomadisme qui ne voit la mer que comme un phénomène lié à l’Étranger : le tourisme, les flottes de commerce ou de cabotage, le port, les Marines militaires, sont toutes étrangères. La seconde analyse tient à la rupture et demande un regard distancié sur ce patrimoine. Il est là et on le prend en compte. On va au-delà de ce que nous sommes et on l’intègre à notre culture. Ces deux analyses ont leur part dans le fait que le patrimoine maritime de Djibouti soit une notion encore confidentielle. 

 

Conclusion 
Cet articulet n’est en fait qu’un essai de proto-patrimonalisation, qu’une mémoire d’Histoire, sans plus. Suffirait-il de remettre les Historiens à l’œuvre pour qu’un attachement collectif des groupes se déclare pour ces objets historiques et qu’émerge enfin cette catégorie par laquelle les vestiges entre dans le patrimoine ? Pour l’instant, inventorions pour savoir ce que nous avons à offrir. 

 

Lukian Prijac Docteur en Histoire Université de Bretagne-Sud  CNRS UMR 6258, CERHIO-SOLITO   
Bibliographie · Choay (Françoise) [1992].

L’Allégorie du Patrimoine, Gallimard. 

Pe�ron (Françoise, Sous la direction de) [2002]. Le patrimoine maritime, PUR.   

Le patrimoine maritime de la République de Djibouti :  première piste de réflexion 

 "Ce besoin de mer qui se manifeste depuis plus d’un siècle en Europe par un besoin constant de loisirs balnéaires, du goût pour les rivages sauvages et l’immensité océanique, a créé aussi un besoin de préserver cet héritage maritime"
 
 
 
 
 
 

La prise d’otage du 10 avril 1976 a marqué les esprits de toute génération, car jusqu’à aujourd’hui, elle est considérée comme l’« assassinat programmé » d’un militant indépendantiste. A ce titre, elle nous intéresse. En effet, en tant qu’historien travaillant sur la genèse et la dynamique des mouvements indépendantistes djiboutiens sur la période allant de 1958 à 1977, nous étudions les faits historiques qui ont concouru à remettre en cause l’ordre colonial et contribué à l’arrêt de la colonisation française du territoire djiboutien. C’est à ce titre que la prise d’otage du 10 avril 1976 nous intéresse. Dans cette contribution, nous allons nous interroger sur son déroulement, sa signification profonde et sur ses liens avec les mouvements indépendantistes. L’analyse que nous proposons de livrer de cet événement tragique s’appuie sur des archives françaises et sur des témoignages recueillis par nos soins. Déroulement de l’« affaire » « Une prise d’otage exécutée le 10 avril 1976 par un membre du réseau terroriste1 FLCS incarcéré à la prison de Djibouti a été mise en échec. Un prisonnier du même réseau qui tentait de profiter de cette occasion pour s’échapper a été abattu2. »   
La prise d’otage a eu lieu le samedi 10 avril 1976 vers 8 h 00 à la prison de Djibouti-ville plus connue, jusqu’à ce jour, sous le nom de prison de « Gabode ». Elle s’est déroulée durant la promenade quotidienne des prisonniers.

 
Profitant de cette pause, un prisonnier enregistré sous le nom de « Farah Abdi Nour »3 a choisi de passer à l’action en attaquant d’abord l’adjudant métropolitain, Monsieur Loyer, membre du personnel d’encadrement de l’établissement et en s’emparant par surprise de son pistolet à proximité des bureaux de la prison alors qu’il venait de la cour de l’infirmerie4. Farah Abdi Nour, tenant en joug l’adjudant Loyer sous la menace de sa propre arme, prit également en otage le régisseur-adjoint de la prison, M. Gaich, le contraignant à le suivre dans les parties communes de la prison et à s’enfermer avec lui dans le bloc hygiène de l’établissement pénitencier.  Le régisseur-adjoint de la prison a été choisi par le preneur d’otage pour son grade en lieu et place du 
régisseur en chef de la prison, mais également parce qu’il était l’homme de main de ce dernier et surtout la personne en charge  des basses besognes. D’après les témoignages recueillis, il privait de promenades et de repas certains prisonniers au mépris des textes législatifs relatifs à la rétention. Ces traitements inhumains et ces violations des droits des prisonniers avaient suscité des rancœurs, de la haine et un sentiment d’injustice chez les prisonniers et plus particulièrement parmi les prisonniers politiques (des militants indépendantistes pour la plupart).  
A 8 h 45, Farah Abdi Nour fit part de ses exigences à l’administration pénitentiaire en demandant en particulier à être conduit en véhicule avec son otage jusqu’à la frontière somalienne. La frontière de la République de Somalie fut choisie pour sa proximité et pour le soutien apporté par les autorités nationales aux indépendantistes djiboutiens. Comme pour tous les autres militants indépendantistes qui avaient réussi à prendre des otages à Djibouti et dans les districts externes, la destination finale était « Loyada », petite ville frontalière et poste le plus proche de la frontière somalienne.  
Les deux prises d’otages précédentes, celle du 7 avril 1971 qui correspond à « l’affaire de Tadjourah5 » et celle du 3 février 1976 qui concerne la prise en otage par quatre jeunes indépendantistes d’un car de ramassage de trente-trois enfants de militaires et de civils français, d’un chauffeur militaire et d’un autre militaire chargé de la montée et la descente des enfants, avaient toutes abouti à la frontière somalienne.  
La prise d’otages du car scolaire est restée dans l’Histoire sous le nom de « l’affaire de Loyada »6. Ainsi, Loyada était-elle devenue la destination rêvée de tout combattant indépendantiste à l’époque coloniale.  


Le preneur d’otage, en l’occurrence Monsieur Farah Abdi Nour, était au fait de ces prises d’otages dont les ravisseurs sont considérés comme de véritables héros. Il voulait certainement rééditer ces exploits et entrer à son tour dans l’Histoire. 

 

Ilmi Abané Bulé

Professeur-assistant en Histoire Contemporaine 

La remise en cause de l’ordre colonial et la lutte pour l’obtention de l’indépendance : analyse de la prise d’otage du 10 avril 1976 à la prison « Gabode » de Djibouti-ville  

"La prise d’otages du car scolaire est restée dans l’Histoire sous le nom de ‘’l’affaire de Loyada.’’ 
 

Petites entreprises, secteur informel et Objectifs de Développement Durable à Djibouti

L’économie informelle désigne les activités ou unités qui ne sont pas enregistrées par l’Etat et dont les travailleurs sont privés de protection sociale. Elle est aussi caractérisée par la précarité et le caractère parfois dangereux des conditions de travail et donc par la pauvreté. Elle demeure une question de développement non résolue en Afrique. D’après le rapport Femmes et hommes dans l’économie informelle : une image statistique (BIT, 2013), la proportion de personnes occupant un emploi informel dans des activités non agricoles est significative dans les pays en développement enquêtés. Dans plus de la moitié des pays, cette part dépasse les 50% et environ un tiers des emplois informels représentent au moins 67% des emplois non agricoles. En Afrique subsaharienne, l’emploi informel représente une part importante du total de l'emploi non-agricole allant de 33% en Afrique du Sud à 82% au Mali. La même enquête ré- vèle que dans tous les pays, le pourcentage de femmes occupant un emploi informel est plus élevé que celui des hommes. L’économie informelle compte non seulement beaucoup en termes d’emplois en Afrique, mais elle contribue énormément à la réduction de la pauvreté. Les revenus générés dans cette sphère permettent à des milliers de travailleurs et leurs familles de pouvoir vivre au-dessus du seuil de pauvreté. Toutefois, ces acteurs demeurent dans une situation de précarité compte tenu de l’insécurité relative à leurs activités et mettant en péril leurs moyens de subsistance. La situation de Djibouti n’est pas en reste avec un secteur privé réduit avec peu d’entreprises formelles côtoyant des activités informelles deux fois plus nombreuses. La croissance économique de la dernière décennie n’a pas été inclusive et le niveau de pauvreté et d’inégalités est resté élevé. Le taux de chômage est estimé à près de 39% (DISED : 2015) et touche davantage les femmes (49%) que les hommes (34%).

 

A l’instar des autres pays africains, un grand nombre d’activités économiques dirigées par les femmes sont répertoriées à Djibouti dans l’informel. Dans cette situation, il est intéressant de considérer comment les travailleurs de l’informel et leurs activités économiques pourraient contribuer au développement durable du pays. A Djibouti, l’économie informelle joue un rôle clef dans le sens où elle nourrit les ménages les plus pauvres en leur permettant de subvenir à leurs besoins de base notamment en alimentation, habillement etc. Beaucoup d’activités sensibles au bien-être ou à la survie des ménages et considérées comme informelles fournissent une alimentation et des biens de consommation courante bon marché. Les petites entreprises de l’informel, proches des consommateurs sont pratiquement les seules capables d’adapter l’offre des biens et services à la capacité financière ou aux moyens réduits des ménages pauvres (Souraya Hassan et al. 2014). De facto, cette économie est indispensable à la sécurité alimentaire des populations pauvres vivant de repas journaliers. La réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD) adoptés par 193 pays à l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2015 dont Djibouti nécessite plus que jamais de tenir compte de l’importance des contributions de l’informel et de protéger les revenus ainsi que les moyens de subsistance des travailleurs informels en particulier dans le milieu urbain. Habiliter le secteur informel se pré- sente comme un des moyens les plus efficaces pour stimuler une croissance économique inclusive dans les pays en développement. Cela induit de reconsidérer les arrangements institutionnels (Hassan Houssein S., 2007) ou encore de mettre en place un environnement de l’entreprise stimulant et juste. Sur ce plan, d’importants efforts devront être déployés compte tenu du classement de Djibouti à la 171ème place parmi 190 pays dans le rapport Doing Business 2017.

A Djibouti, trouver une solution pérenne à la question de l’économie informelle est fondamental dans la mise en œuvre de l’agenda 2030 du développement durable. Cela passera par la mise en place de politiques économiques, d’outils et de programmes de dé- veloppement adéquats. Au moins, 4 objectifs de développement durable pourraient être atteints:

 

Objectif 1 : Éliminer la pauvreté sous toutes ses formes. Compte tenu du nombre important de travailleurs et donc de ménages dont la subsistance dépend du secteur informel, cet objectif ne peut être atteint qu’en organisant ce secteur pour mieux sauvegarder les revenus générés. Dans cette optique, faciliter l’accès à des financements aux petites ou très petites entreprises ne suffira pas à sortir les travailleurs de la pauvreté. Il importera surtout d’autonomiser les acteurs, femmes et jeunes en priorité, par des mécanismes lé- gaux et juridiques adéquats pour améliorer leur niveau de vie de façon durable. La formation professionnelle et la formation des formateurs sont essentielles. La réalisation de cet objectif est tout aussi conditionnée par l’extension des mesures de protection sociale aux travailleurs de l’informel à leurs familles.

 

Objectif 2 : Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles. A l’instar des pays de l’Afrique subsaharienne, les femmes sont plus susceptibles que les hommes d'être employées dans l’informel avec les conséquences en termes de précarité des conditions de vie et de revenus réduits. Cette autonomisation implique l’élaboration de programmes innovants d’alphabétisation des femmes (53% contre 63% pour les hommes). Enfin, l'objectif de l'égalité entre les sexes ne peut être atteint sans augmenter les gains et réduire les inconvénients pour les travailleuses.

 

Objectif 3 : Promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous. La réalisation de cet objectif né- cessite de mettre en place les moyens (éducation, financement, énergie, infrastructures) ainsi que les incentives pour assurer la transition de l’informel vers le formel. Ceci revient à appliquer la nouvelle recommandation N°204 de l’OIT relative à la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle.

 

Objectif 4 : Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables. En raison de leur statut, les travailleurs informels restent absents des discussions sur les plans et politiques de la ville et l'extension de l'accès aux terrains publics, aux services publics etc. L’économie informelle est pourtant associée à des bonnes pratiques de contribution à une économie verte ou respectueuse de l’environnement; les activités du secteur sont, entre autres, très peu polluantes et utilisent peu d’énergie fossile. Avec près de trois quarts de sa population vivant dans la capitale et ses environs, l’objectif de villes inclusives et durables ne peut être atteint à Djibouti sans reconnaître les apports économiques et environnementaux des travailleurs informels. Il s’agira ici de repenser les plans d’urbanisme et d’habitat de Djibouti pour assurer à tous un cadre de vie et de subsistance décent.

 

En bref, les ODD offrent une formidable opportunité de concevoir un projet de dé- veloppement durable à Djibouti en impliquant toutes leurs parties prenantes sans laisser personne de côté. La formalisation des petites entreprises via des arrangements institutionnels adéquats sur la base de bonnes pratiques internationales est indispensable.

 

Souraya Hassan Houssein Docteur en Economie UNICEF-Bénin

 

 

Pour aller plus loin • Hassan Houssein S., Said Chiré A. & al. (2014), Manuscrit sur la Pauvreté des femmes et modes de gestion des affaires et des territoires en République de Djibouti • Hassan Houssein S. ; (2007), Djibouti, Economie du développement, changements institutionnels et organisationnels, L’Harmattan • ILO, Global Wage Report 2016/2017, Wage inequality in the Workplace, 2016 • ILO, Des solutions pour sortir de l’informalité: une nouvelle norme de l’OIT face au piège de l’économie informelle, http://www.ilo.org/global/aboutthe ilo/newsroom/news/WCMS_377785/lang- fr/ index.htm • ILO, Women and Men in Informal Economy: A Statistical Picture, 2013 • UN Statistics Division. 2015. The World’s Women 2015. New York, USA: UN Statistics

"Les petites entreprises de l’informel, proches des consommateurs sont pratiquement les seules capables d’adapter l’offre des biens et services à la capacité financière ou aux moyens réduits des ménages pauvres"

Djibouti : Comment déjouer le Dutch Disease?

Pauvreté, chômage, cherté de la vie...autant de maux qui pèsent sur la vie des ménages djiboutiens. Pourtant, la richesse du pays n'a jamais été aussi importante. Jamais, les rentrées de devise n'ont été aussi élevées. Ce paradoxe djiboutien trouve ses racines dans la structure atypique de l'économie et l'absence d’une politique économique appropriée.

Dans les pays en développement, la pauvreté est souvent synonyme de manque ou d’insuffisance du revenu par rapport à un seuil défini. Et ce dernier évolue en fonction du coût de la vie, mesuré par ce que le revenu permet d’acheter à un moment donné. Ce coût peut changer d'une année à l'autre en fonction des chocs économiques, politiques, sociaux et conjoncturels (prix des matières premières, crise, conflits...). En 2008, la combinaison de plusieurs facteurs tels que l’envolée du prix du baril de pétrole, qui avait impacté négativement le coût du transport des marchandises, la crise alimentaire consé- cutive à la sécheresse dans de nombre pays (Australie, Europe) exportateurs de produits agricoles et la ruée vers les agro-carburants, avait précipité dans la pauvreté une frange importante de la population qui était jusque là considérée comme faisant partie de la classe moyenne et entrainé des émeutes de la faim. Cherté du coût de la vie Toutefois, on observe que même en absence de chocs et avec une croissance économique durable, la pauvreté augmente et nombreux sont par exemple ceux qui ne comprennent que l’enrichissement du pays produit une plus grande pauvreté chez nombre de djiboutiens, avec l’augmentation du coût de la vie et l’existence plus marqué d’un chômage structurel, alors que sur ce front on escomptait un recul de celui-ci et une amélioration des conditions de vie de la population. Si l'inégalité en matière de partage de ce surplus de richesse est souvent la cause principale de tous ces maux, il ne fait aucun doute que la structure atypique de l'économie djiboutienne est également responsable de la cherté de la vie et ce depuis longtemps pour donner lieu à une situation aberrante où le coût de la vie à Djibouti ville est plus elevé que celui des grandes villes des pays développés comme Paris, Sydney ou Miami. Sur le Continent, seul Luanda et Ndjamena font mieux. Ainsi, l’indice Mercer qui fait un classement des villes selon le coût de la vie, a pointé Djibouti ville à la 40ème place en 2016. En 2015, elle était à la 54ème place. Cet indice établit, selon 200 critères (logement, transports, nourriture, habillement, appareils ménagers, loisirs), un classement des villes du monde.

Structure dualiste de l’économie

 

A y regarder de près, les origines de la cherté du coût de la vie, hormis l’impact du taux de change sur la compétitivité de l’économie, le coût des facteurs économiques (biens et services intermédiaires) et les carences institutionnelles (fiscalité, système judiciaire, administration, faiblesse de la productivité), participent négativement à la formation des coûts de production des biens comme les logements ou les biens de consommation courante. En agissant directement sur ces coûts de production, les pouvoirs publics peuvent remédier, en partie, à la cherté du coût de la vie. Agir également sur la structure dualiste de l’économie permettrait de sortir de cette situation de gaspillage des ressources (chômage, sorties de devise, faiblesse du secteur privé).

 

On a d’un côté un secteur de l’économie, dit moderne (bases militaires, ports, télécommunications, banques, entreprises modernes) tournée vers l’extérieur, où les salaires sont élevés et les qualifications exigées importantes. D’ailleurs, la totalité des investissements directs étrangers (IDE) est tournée vers ce secteur. Les IDE ont atteint plus de 58% du produit intérieur brut (PIB) en 2015 et devraient connaître une hausse en 2016. De l’autre côté, on a une économie djiboutienne qui se caractérise par un secteur traditionnel où les principaux employeurs sont l’Etat et le secteur informel. Dans ce secteur, les salaires sont bas et souvent les qualifications demandées faibles. L’essentiel de la population active employée djiboutienne se trouve dans ce secteur.

 

Cette dichotomie constitue un facteur de blocage de l’économie et ne permet pas la réduction du chômage, le recul de la pauvreté et un partage égal de la richesse, puisque seule une petite partie de la population active travaillant dans le secteur moderne en profite. Ce secteur moderne tire également le pouvoir d’achat vers le haut et donc induit une augmentation du coût de la vie. D’ailleurs, il serait important que la Direction de la Statistique et des Études Démographiques (DISED) tienne compte de cette dichotomie dans le calcul de l’inflation et du PIB. Dans le mode de calcul actuel de l’inflation, le panier des biens pris en compte est celui du secteur traditionnel. Alors que le PIB reflète plus la richesse créée par le secteur moderne. Il faudrait corriger ce biais, en calculant deux (2) types de PIB et en tenant compte du panier des biens servant de base pour l’estimation de l’inflation, le secteur moderne. En tout état de cause, on notera que ce type de structure de l’économie va généralement de pair avec la découverte de ressources naturelles. Elle peut résulter également de tout dé- veloppement qui entraîne des entrées massives de devise, notamment une forte hausse du prix des ressources naturelles, de l’aide étrangère ou des investissements directs étrangers. Ces entrées de devises augmentent la masse moné- taire, car les nouvelles ressources qui rentrent de l’extérieur se dirigent vers des secteurs de l’économie tournés vers la consommation inté- rieure (comme le secteur du bâtiment ou commerce de détails). Pour le cas de l’économie djiboutienne, c’est plutôt la position géostratégique qui joue le rôle de ressource naturelle. On observe que ce phénomène bénéfique avec des rentrées de devise, peut donner lieu à des effets négatifs, appelé « syndrome hollandais » ou « dutch disease ».

 

Syndrome hollandais ou Dutch disease

 

Dans les années 60, les Pays-Bas ont connu une entrée massive de devise après la découverte d’énormes dépôts de gaz naturel en mer du Nord. De façon inattendue, ce développement apparemment positif a eu de sérieuses répercussions sur d’importants secteurs de l’économie hollandaise : la monnaie hollandaise (florin) a pris de la valeur et les exportations non pétrolières ont donc perdu de leur compétitivité. Ce syndrome a été appelé «syndrome hollandais». Pour certains économistes, ce mal hollandais n’est qu’une transition sur le schéma du décollage économique et que les choses vont rentrer dans l’ordre. Il faut faire confiance aux lois du marché. Toutefois ceci est vrai, s’il n’y a pas des entraves au bon fonctionnement du marché et qu’il y a une vraie politique économique. Ce qui n’est pas le cas, malheureusement, à Djibouti. Car malgré le libéralisme affiché et revendiqué par les autorités publiques, des règles contestables et néfastes prédominent dans le fonctionnement de l’économie. Les ententes, les monopoles et les entraves à la concurrence au profit de quelques uns, constituent les symptômes du manque de régulation des pouvoirs publics et le prix à payer pour les pauvres est catastrophique. Autre élément, la fiscalité et les défaillances institutionnelles ne font qu’accroître la taille de l’économie informelle qui représente près de 47% du PIB. Des bans entiers de l’économie échappent à l’Etat.Si on ajoute à cela, la fraude fiscale, la corruption, c’est à dire l’économie souterraine, c’est près de 63% du PIB qui s’évapore. Une partie de cette ressource qui sort du pays représentait entre 2000 et 2008, cumulativement, près 827,52 millions de dollars US selon un rapport conjoint de la Banque Africaine de Développement (BAD) et de l’ONG, Global Financial Integrity (GFI) de 2013. Ce chiffre reste sous-évalué pour toute la période, compte tenu de la faiblesse de la fiabilité des données de la balance des paiements du pays. L’ampleur des fuites de capitaux serait plus importante. En terme de pourcentage, toujours pour la même période, des pays ayant des ressources naturelles et où ce phénomène est plus courant, à savoir le Nigeria et la République Démocratique du Congo, semblent être moins touchés que Djibouti avec 7% du PIB contre 3% pour le premier et 0.2% pour le second.

 

Nécessité des reformes appropriées

 

Les décideurs doivent bannir les entraves au bon fonctionnement des lois du marché, en dé- mantelant les monopoles dans le commerce de l’alimentation, la distribution du gaz, du pé- trole lampant à domicile et en privatisant certaines entreprises publiques telles que l’électricité ou les télécommunications. Il s’agit de sortir de cette dangereuse inertie, en gérant prudemment la rente géostratégique. Quant au développement du secteur privé, seul capable d’absorber le surplus de main d’œuvre, l’environnement institutionnel dans lequel il évolue doit être assaini pour permettre d’assurer la prévisibilité, la transparence et la simplification en matière de régulation. Enfin, revoir le système fiscal, en limitant le rapatriement vers l’extérieur des bénéfices réalisés par les entreprises étrangères. Cette exonération totale, prévue par le code des impôts constitue, une ponction de la richesse nationale. D’ailleurs, il n’est pas étonnant de voir que la croissance tant applaudie, ne permette pas de créer suffisamment d’emplois puisque les fruits de cette croissance, au lieu d’être réinvestis, sortent du pays. L’idée selon laquelle, Djibouti offre une mobilité des capitaux pour attirer les investissements étrangers est totalement inutile et très coûteuse pour le pays. C’est plutôt la position géostratégique qui attire les investisseurs. Autrement dit, les entreprises étrangères (chinoises, émiraties, éthiopiennes, françaises, indiennes) allaient investir dans tous les cas dans le pays sans incitation fiscale car attirées par la position géostratégique de celui-ci. Leurs clients sont à Djibouti et dans la sous-région.

 

Ismaël Mahamoud

...il ne fait aucun doute que la structure atypique de l'économie djiboutienne est également responsable de la cherté de la vie et ce depuis longtemps pour donner lieu à une situation aberrante où le coût de la vie à Djibouti ville est plus elevé que celui des grandes villes des pays développés comme Paris, Sydney ou Miami.
 
 

MORINGA  

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