interview

Idris Bexi Warsama : Président de IRICA et Maitre de conférences en géophysique et expert environnementaliste.

"Dans le monde de la recherche, les frontières de pays et de savoirs ne se superposent pas, c’est pourquoi l’Institut IRICA entend s’insérer dans la dynamique régionale et international"

1) Présentez-nous IRICA : Pourquoi la création de cet Institut de recherche ? L’institut IRICA est un organisme de recherche à caractère associatif. Il vise à catalyser les énergies de la communauté des chercheurs de la région, à promouvoir la recherche locale, et à favoriser les recherches appliquées pouvant servir de levier au développement de ces pays. Les chercheurs d’IRICA partagent le sentiment d’une grande responsabilité et sont convaincus que leur contribution peut changer la donne pour faire face aux enjeux de société. Ainsi, IRICA veut 1) participer à l’émergence d’une recherche scientifique qui participe au mieux-être et au progrès de nos sociétés en initiant et en encourageant les problématiques de recherche directement en lien avec leurs préoccupations , 2) valoriser les chercheurs et leurs recherches en offrant une communauté et un espace de réflexion, de discussion, de publication et d’évaluation entre pairs.

 

2) Que pensez-vous que IRICA pourra apporter de plus que les autres centres de recherche ? Tout d’abord IRICA est simplement une association de chercheurs, appartenant à diffé- rentes institutions, qui se sont réunis pour ré- fléchir et échanger autour de la recherche. On ne peut pas la comparer aux autres institutions qui ont chacun son rôle et son objectif. Si IRICA est né, ce qu'il y avait sans doute de la place et un vide à combler. Ses travaux, ses activités, son fonctionnement et ses résultats pourront démontrer ce vide qu’elle a à combler. Montrer la place et l’importance de la recherche, et donc du chercheur, c’est sans doute quelque chose qui manquait. Promouvoir la recherche et créer de l’émulation, approfondir nos connaissances sur des thématiques centrales et accompagner les jeunes chercheurs dans leur formation, ce sont entre autres les activités qui composent la feuille de route de l’Institut. IRICA entend rendre visible la recherche, pour qu’elle profite à nos sociétés, et tous les moyens de communication moderne seront mis à profit pour cela. Un bulletin d’information mensuel dont vous avez là le premier numé- ro est dédié aux nouveautés et à la vulgarisation des dernières publications. Nous pensons aussi que la recherche doit être évaluée pour qu’une saine émulation s’installe entre les chercheurs, que celle-ci progresse et que les plus méritants et les plus motivés puissent bénéficier d’une reconnaissance légitime.

 

3) La recherche nécessite des moyens. Comment pensez-vous recueillir des fonds pour financer vos recherches ? Nous pensons qu’une recherche appliquée dans un premier temps trouvera plus facilement des financements en répondant aux besoins du secteur public comme privé. En effet, combien de projets sont exécutés par les institutions publiques et les partenaires au développement pour lesquels on fait appel à des experts internationaux dont les interventions sont souvent très coûteuses. Ceci peut être une première source de financement. Si nous voulons réussir notre développement, il faudrait commencer à faire confiance à nos propres ressources. Il y a beaucoup de talents, hommes et femmes, en mesure de contribuer par leur recherche et stimuler la réflexion. C’est à nous de les faire connaître. Par ailleurs, nous avons les moyens de proposer des projets bancables pour travailler avec des institutions régionales sur les questions relatives aux changements climatiques et à leurs conséquences comme la sécheresse, l’exode rural, les ressources transfrontalières sur la Corne de l’Afrique Enfin nous devons prendre exemple sur les pays anglo-saxons ou les entrepreneurs consultent les laboratoires de recherche dans le but de leur proposer des solutions. Et aux chercheurs de faire leurs preuves et profiter de cette nouvelle dynamique que l’Institut IRICA compte insuffler. Le plus important pour nous est de donner confiance à la recherche locale, montrer que celle-ci est un outil dont les décideurs publics et privés peuvent se servir pour diagnostiquer, évaluer, dégager des perspectives. 

 

4) Sur quels domaines pensez-vous mettre l'accent en premier ? Comme je l’ai déjà dit, nous souhaitons que la Recherche participe activement à la résolution des problèmes que rencontrent nos sociétés, et qu’elle serve principalement à cette fin. Comme vous le savez, les problèmes les plus aigües de Djibouti sont ceux de l’eau et de l’énergie. Il est important de pousser la réflexion et les études dans ces deux domaines pour aboutir un jour à des solutions pratiques et soutenables. Il existe plusieurs études poussées faites par des compatriotes sur ces sujets. Il nous faut connaître leurs apports. Par ailleurs, comme vous le savez bien, la question n’est pas que technique, elle est également économique, sociologique et même politique, car pour un pays, la dépendance d’un autre ou de plusieurs autres par rapport à ses approvisionnements est une affaire délicate stratégiquement parlant. Cela pour vous dire que ces deux domaines sont prioritaires pour nous mais, on ne ignorer d’autres aspects qui relèvent du social, de l’économique, du culturel, car tout cela est lié. L’homme est un être multidimensionnel, et ses problèmes le sont aussi. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous privilé- gierons les recherches menées en équipe selon une approche pluridisciplinaire. Ce ne sera pas simple, mais c’est la seule façon d’aboutir à des solutions pérennes sur nombre de questions qui se posent à nos sociétés.

 

5) Pourquoi s'occuper de la Corne alors que notre pays à tant besoin qu'on y investisse des ressources ? Dans le monde de la recherche, les frontières de pays et de savoirs ne se superposent pas, c’est pourquoi l’Institut IRICA entend s’insérer dans la dynamique régionale et internationale. Il ne fait plus sens de se replier sur un territoire précis lorsque les problèmes sont similaires ou partagés. Nous avons beaucoup à apprendre des uns et des autres en tant qu’Africains pour confronter nos expériences et affiner nos méthodologies d’investigation.

SEM. Moumin Hassan Barreh : Interview du Ministre des Affaires Musulmanes, de la Culture et des Biens Waqfs

 
« La promotion et le développement des langues maternelles ont leur place dans les politiques publiques. Beaucoup d’efforts sont consentis par les pouvoirs publics, la société civile, les médias et les chercheurs. »

1) Pouvez-vous nous dire votre vision de la culture et l'importance qu’elle revêt pour vous et votre Ministère ? Vision de la culture, vision du monde : façon de vivre et d’être. Quand on parle de culture, on parle de nos valeurs, nos croyances, nos coutumes, nos langues et nos traditions, notre histoire, notre patrimoine … hier, aujourd’hui et demain. Son importance est d’être un indicateur de la qualité de vie et du dynamisme de la société. Pour le Ministère, il s’agit de participer à la construction et à la consolidation de l’identité culturelle par le biais du développement d’infrastructures adéquates.

 

2) Quelles sont les activités que vous soutenez pour renforcer la Culture dans votre pays ? Pour le Ministère, il s’agit de la « revalorisation du patrimoine culturel dans toutes ses composantes » en général. Et particulièrement de conduire la politique de sauvegarde, de protection et de mise en valeur du patrimoine culturel dans toutes ses composantes : développement du patrimoine culturel national, conservation de ses spécificités, encouragement de la création d’œuvres artistiques, développement des pratiques et des enseignements artistiques et culturels. Cette valorisation passe par l’amélioration de la gestion des droits d'auteur et des droits voisins. Le Ministère œuvre en partenariat avec d’autres départements ministériels tels que le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (enseignements artistiques & culturels, promotion et développement des langues maternelles…), le Secrétariat d’Etat aux Sports et à la Jeunesse (CDC pour la promotion de la lecture), le Ministère de l’Enseignement Supé- rieur et de la Recherche (pour la recherche), le Ministère de I’Intérieur (pour les associations culturelles), etc.

 

3) Votre ministère s'appelle le Ministère des Affaires Musulmanes, de la Culture et des Biens Waqfs. Pourquoi avoir associé les affaires musulmanes et la culture ? Le Ministère est appelé ainsi depuis fin mars 2013. Et la réponse à votre question est dans le décret (n°2013-058 du 14 avril 2013) fixant les attributions des ministères. A l’article 13, le ministère a pour mission de définir « les grandes orientations et les constantes de l'identité nationale en vue d'harmoniser l'action religieuse (pour notre cas, l’action islamique) selon les spécificités socioculturelles du pays. » En se reportant à la définition de la culture selon l’UNESCO, il y a une parfaite cohé- rence dans un pays comme le nôtre entre ces deux aspects, d’où le renouvellement de la mission dans le texte réglementaire de réfé- rence de juin 2016.

 

4) Beaucoup ont fait observer une sorte d'invasion de produits culturels (films, chansons, etc.) venant des pays du Nord qui traduisent un certain état culturel et dénotent une façon de vivre particulière à ces pays. Est-ce que vous partagez ce sentiment, et si oui comment concilier le besoin d'être en harmonie avec un environnement donné et l'influence massive de produits exogènes ? Bien sûr qu’oui, il est inutile de nier l’hégémonie culturelle dans lequel notre monde baigne. Aussi bien au niveau international que national, les références culturelles hégé- moniques, outrancièrement mondialisées, prennent de plus en plus le pas sur les valeurs et les textes normatifs inclusifs du point de vue culturel. Je fais référence, entre autres, aux textes comme les conventions de l’UNESCO relatives au patrimoine culturel immatériel (2003), à la diversité des expressions culturelles (2005) ratifiées par la république de Djibouti.

 

5) La RTD a fait une émission culturelle, intitulée "les jeunes talents", qui a eu beaucoup de succès au niveau national. Est -ce que vous pensez à des activités de ce genre pour stimuler la créativité de notre jeunesse, que ce soit dans le domaine du livre, du théâtre ou du cinéma ? Vous n’êtes pas sans savoir que la RTD, organe public bénéficiant d’une autonomie, est à vocation culturelle. Et de part ses missions, elle a énormément contribué à la construction et au renforcement de l’identité culturelle nationale. Lors du dernier atelier sur l’artiste tenu par notre ministère, en décembre 2016, un des panelistes avait exposé les activités des partenaires culturels, comme la RTD. Il avait mentionné les émissions culturelles de la RTD couvrant presque toutes les filières culturelles : promotion et développement des langues maternelles, incitation à l’esprit créatif dans les domaines du livre, du théâtre, etc. D’ailleurs dans « Jeunes talents », première période, l’Institut Djiboutien des Arts, institution du Ministère de la culture dédiée aux formations artistiques et culturelles, qui emploie tous les anciens artistes de la scène comme conseillers artistiques, a été un partenaire. De la même manière, et conformément aux missions assignées au Ministère de la Culture, celui-ci accompagne toute initiative allant dans le sens du renforcement de l’identité culturelle djiboutienne aussi bien dans la création, la production que dans la valorisation en passant par la diffusion.

 

6) Bientôt, nous serons le 21 février, journée mondiale de la langue maternelle. Les autorités publiques ont fait beaucoup dans le domaine de la publication en langue afar et en langue somalie. Quelle est l'étape suivante pour renforcer la maîtrise de ces langues parmi nos concitoyens ? En effet, depuis les états généraux de l’éducation nationale et de la création du ministère de la culture, la préoccupation des langues maternelles est bien visible. La promotion et le développement des langues maternelles ont leur place dans les politiques publiques. Beaucoup d’efforts sont consentis par les pouvoirs publics, la société civile, les médias et les chercheurs. Mais, il est vrai qu’il reste encore tant à faire pour que toutes ces actions renforcent la pratique de nos langues sur le terrain de l’école, de la justice, et même dans la famille, etc., car nos jeunes ont tendance à s’exprimer dans une langue mixte faite de français et de langue locale. Grâce au soutien du Chef de l’Etat SEM. ISMAÏL OMAR GUELLEH, notre pays s’est engagé dans la voie de la revalorisation de nos langues maternelles témoignant ainsi de notre diversité linguistique et du multilinguisme national. Cette volonté politique s’est traduite par la création de l’Institut des langues de Djibouti, l’implantation des centres Somali Pen et Afar Pen qui ont fait preuve de vitalité et d’initiatives, et dernièrement la mise en place de l’Académie Régionale de la Langue Somalie En effet, un retour en arrière sur le parcours de revalorisation de nos langues réalisé par les uns et les autres, se présente comme suit :

L’édition 1. des ouvrages des symposiums (somali en 2002 et afar en 2003)

2. l’édition du livre et des chansons de OMAR DAHER ABDI dit OMAR KUUL

3. L’édition du premier dictionnaire de 40.000 mots environ en somali (2004)

4. La ratification par notre pays des conventions de l’Unesco pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de 2003 sur le patrimoine culturel et naturel

5. la réalisation de la grande exposition de livres de 2006

6. Le symposium sur les langues somali et afar en 2006

7. L’édition de la collection d’ouvrages dans les langues nationales

8 . Dans le cadre du 30ème anniversaire, il a été publié toujours dans le même canal une douzaine d’ouvrages des Djiboutiens, dans les trois langues nationales (arabe, afar et somali)

9. la célébration du 40ème anniversaire de la transcription de la langue somalie en décembre 2012

10. La publication des magazines culturels en langues somalis et afar

11. la publication du 1er dictionnaire de 70 .000 entrées en somali .Un ouvrage unique en son genre. Unique parce qu’il est conçu par une équipe de chercheurs de toutes les régions somalophones (universitaires et hommes de cultures) et des universités occidentales . 12. La célébration du 40eme anniversaire de la langue afar (en 2014)

13. La publication de 6 nouveaux livres en langues somali afar et arabe en octobre 2016 Ainsi, un long chemin a été parcouru. Néanmoins, des étapes décisives reste à franchir, et particulièrement l’alphabétisation et l’enseignement des langues maternelles Djiboutiennes. La langue maternelle facilite aux enfants l’acquisition des connaissances au commencement de la scolarité.

 

Interview de la Présidente de l’Association de la Caravane du livre, Dr. Hibo Moumin Assowe

 
"Nous intervenons également dans les activités de promotion de la jeunesse et de l’innovation, la promotion du dialogue culturel et des langues à travers la valorisation de la traduction et de la connexion entre les littératures et les arts de Djibouti et de sa région..."

1) Vous avez été invitée à la 10ème session de la Foire Internationale du Livre de Hargeisa, en tant que Présidente de la Caravane du Livre. Quelles impressions en avez-vous gardées, et qu'est-ce qu'elle a vous inspiré ? Nous étions deux à être conviées à cette manifestation culturelle du livre. Melle Fathia Hassan Moussa, secrétaire chargée de la communication et membre du bureau exécutif de l’association et moi-même en ma qualité de présidente de la Caravane du livre. C’est avec grand plaisir et beaucoup d’intérêt que nous avons pris part aux différents panels mais également à l’exposition des livres. Ce fut une participation enrichissante qui nous encourage d’entreprendre à Djibouti même des activités d’envergure régionale. Nous remercions Dr. Djama et les organisateurs pour leur invitation et leur accueil chaleureux.

 

2) Le thème de la foire cette année était "la connectivité", traduit littéralement du terme anglais "connectivity". Quel rapport entre ce thème et le livre, d'une manière générale ? La thématique de la dixième édition interpellait particulièrement notre association qui envisage déjà le livre comme un support de connexion et une passerelle de promotion des cultures, des littératures et des arts de Djibouti. La devise de la Caravane du livre est la promotion de la lecture et de l’écriture et ses objectifs ciblent le livre comme un pivot de connexion entre les différents acteurs de la chaîne du livre : lecteurs, écrivains, éditeurs, libraires, bibliothé- caires, journalistes, critiques…etc. Les membres de l’association sont d’ailleurs composés de personnes issues de ces différents domaines.

 

3) Vous avez participé lors de cette foire à un panel dans lequel la langue d'expression était le français, alors que les langues géné- ralement utilisées dans cette foire sont le somali et l'anglais. Quel est le sens et l'inté- rêt de cette initiative ? La langue est un support de transmission de la pensée et les langues internationales sont des voies obligées pour la diffusion mondiale des livres et des savoirs. En effet, c’est la première fois qu’un panel est réservé aux francophones venus de Djibouti. Ceci est l’expression d’une reconnaissance de la place de Djibouti au sein de la francophonie de la région. Fautil rappeler que notre pays est la capitale francophone de la Corne d’Afrique. Ce panel était aussi un hommage au plurilinguisme qui prévaut à Djibouti puisque le français, l’arabe (langues officielles du pays), les deux langues nationales, Somali et Afar, et l’anglais y sont couramment pratiquées. Ce panel a enfin été l’occasion de passer en revue les différentes publications en français des auteurs présents à la foire.

 

4) Dans le panel en question, la question du rapport entre l'écrivain et sa langue d'écriture était posée. Vous même, en dehors de vos responsabilités d'enseignante de Lettres et de directrice du centre de recherche de l'Université de Djibouti, vous vous adonnez à l'écriture. Vous venez de publier vos premiers ouvrages, sous la forme de deux recueils de poésie dont un est intitulé femmes, et l’autre recueil, co-publié avec Kaled Khaydar et Abdi Mohamed Farah, Passerelles. Vous avez choisi la poésie pour votre entrée dans le monde de l'écriture ? Pourquoi ce choix, est-ce que parce que dans notre culture la poésie est un mode d'expression privilégié ? Bien sûr. La poésie est le langage par excellence à Djibouti. La littérature orale se transmet de génération en génération grâce à la poé- sie. Il n’est pas insignifiant de constater aussi que dans la production littéraire en langue française la poésie récupère régulièrement la part belle. A l’instar du poète ancêtre William Syad, les auteurs tissent le verbe en sons et allitérations depuis les origines. Et jusqu’à aujourd’hui les poètes affluent sur la place artistique. C’est comme un passage obligé et un héritage à s’approprier en effet. Et donc ce genre s’est imposé à moi presque inéluctablement. Passerelles est comme son nom l’indique la rencontre de trois voix poétiques venues de la presse écrite et de la critique littéraire. Sur trois thèmes universels, l’amour, le temps et l’art, la poésie se déploie en toute harmonie et pluralité. Femmes est un hommage à toutes les femmes de Djibouti et du monde.

 

5) Est-ce que la jeune génération est encore capable de comprendre et d'apprécier la poésie ? La caravane du livre a initié un concours national d’écriture et bien que la nouvelle et le roman soient représentés, c’est dans la catégorie poésie que nous avons reçu le plus de textes. Et puis sur la page facebook dédiée au partage des écrits, c’est la poésie qui l’emporte et de loin. Nous constatons donc que la jeune génération apprécie toujours l’expression poétique. Le choix du vers libre montre bien la prévalence de la musicalité et du rythme où le souffle de la parole nomade règne toujours en majesté. Les écritures se forgent encore en caravanes de mots et paroles scandées. On peut dire donc que la poésie a un bel avenir à Djibouti.

 

6) Quels rapports entretenez-vous avec votre langue maternelle et cette autre langue que vous maniez avec autant d'aisance et de jubilation ? Justement ma langue maternelle, le somali, m’a transmis l’amour de la poésie et du mot. Ma grand-mère s’exprimait en proverbes et contes. Elle avait l’art de communiquer par métaphores et devinettes. J’ai beaucoup appris auprès d’elle, j’ai appris à déchiffrer le sens et toute la philosophie du beau dire grâce à elle, c’est grâce à elle que j’ai pu apprécier aussi très tôt la beauté et l’extrême richesse de ma langue maternelle. Cette culture forge le langage de ma poésie écrite. Et puis la langue française apprise depuis les bancs de l’école primaire jusqu’à l’université est mon outil de travail et d’investigation en tant qu’enseignantechercheure dans le domaine des littératures francophones d’Afrique. C’est avec elle que je gagne mon pain et que j’exprime ma pensée et mes idées aujourd’hui.

 

7) Vous avez parlé de la Caravane dont vous êtes la présidente. Quels sont ses objectifs, ses activités et ses projets ? Les objectifs de la Caravane du Livre sont nombreux et ambitieux. Ambitieux, certes, mais pas irréalisables. En premier lieu, il s’agit de promouvoir la lecture et l’écriture à travers des ateliers, des concours, des présentations de livres et d’auteurs au siège de l’association, à l’Institut Français de Djibouti (IFD) et dans les différentes bibliothèques scolaires et communautaires de la capitale et des régions de l’intérieur. Nous intervenons également dans les activités de promotion de la jeunesse et de l’innovation, la promotion du dialogue culturel et des langues à travers la valorisation de la traduction et de la connexion entre les littératures et les arts de Djibouti et de sa région, nous accompagnons également les projets d’implantation des bibliothèques et centres de lecture. Pour atteindre ces objectifs, la Caravane du livre travaille d’arrache pied et les activités jusqu’à aujourd’hui sont probantes et très encourageantes. Parmi les réalisations au cours de l’année 2016-2017 nous pouvons citer : quinze animations (rencontres littéraires, conférence-débat, dédicaces, exposition de livres, forum, célébration de la francophonie dans les établissements scolaires des régions de l’inté- rieur, à la librairie Victor Hugo, à la Bibliothèque municipale, aux Centres communautaires, à la Médiathèque de l’IFD, etc.) ; premier concours littéraire national fait par l’association, édition d’une dizaine de livres, animations à travers des forums de discussion (Réseaux sociaux, groupe de discussion, publications de texte, etc.), traduction en anglais de trois ouvrages, traduction en Somali d’un ouvrage en cours, émissions à la RTD. Et pour la première fois et grâce à la foire internationale du livre de Hargeisa, la Caravane du Livre réussit sa première sortie régionale. Elle est également invitée par le festival du Storymoja de Nairobi. En voilà une autre passerelle et connexion entre les réseaux d’associations qui luttent pour la promotion de la lecture dans la région de l‘Afrique de l’Est. 

 

8) Avez-vous un quelconque soutien de la part d'organismes publics ou privés ? Nous travaillons sur la base du bénévolat et nous faisons régulièrement appel aux compé- tences et talents des adhérents. La force de l’association c’est cette bonne volonté des uns et des autres pour ensemble développer la culture de la lecture et de l’écriture à Djibouti, c’est cette solidarité avec comme seul objectif le succès du livre Djiboutien. C’est cette connexion numérique qui est l’énergie première de l’association. Nous mettons aussi un point d’honneur à travailler étroitement avec nos partenaires qui nous soutiennent et nous aident. A chaque manifestation nous nous associons à un partenaire particulier avec qui nous travaillons en synergie. Nos partenaires sont nombreux, nous tenons à les remercier pour leur confiance et leur soutien constant : le Ministère de la Culture, l’Union des Femmes Djiboutiennes (UNFD), l’Institut Français de Djibouti (IFD), la Bibliothèque Municipale de Djibouti (BMD), La Mairie de Djibouti (MD), le MENFOP, le Collectif artistique Arawelo, les associations civiles de Djibouti-ville et des régions de l’intérieur…etc. 

 

9) Pour terminer cet entretien, vous avez rappelé l'importance du livre dans la vie de tout un chacun, quels sont les contraintes qui pèsent selon vous sur le développement du livre ? En un mot : Editer. Le plus grand frein actuellement c’est le manque d’une maison d’édition qui couvre toute la chaîne de publication, l’impression et la diffusion y compris. L’association fait actuellement office de maison d’édition car elle effectue l’accompagnement (de la relecture à la mise en page jusqu’à l’illustration des pages de couverture) des manuscrits qu’elle récompense ou prime. Ensuite nous passons le relais aux éditions du net qui ne font qu’imprimer. C’est également la Caravane qui diffuse, distribue et valorise sur le sol national. Les livres pris en charge porteront dorénavant le logo de la Caravane du Livre. Nous réflé- chissons sur des collaborations avec des imprimeries nationales et régionales pour palier la phase de la confection et de la diffusion du livre. Notre souhait le plus cher est de diminuer au maximum le prix du livre pour le rendre accessible aux jeunes.

© 2016 IRICA

253.21.35.17.07/ Salines Ouest, Lot 175/ irica.info@gmail.com

  • w-facebook
  • Twitter Clean
  • w-googleplus